La tête et les jambes

Un nouveau virus a fait son apparition sur le globe et affole les esprits : l’hantavirus. Moins transmissible que la Covid apparemment mais radicalement plus mortel. Putain, on avait besoin de ça… Dans un sens, pas mal de pourris aux commandes de ce monde soufflent un peu. Enfin un évènement qui pourrait potentiellement faire diversion des horreurs qu’ils perpètrent ! Un virus qui occupe l’actualité et fait un écran de fumée, le rêve… Bref, ils s’en tirent toujours. 

Ce matin, je me sens bien, une résurrection. Mon angiologue a trouvé que ma fistule était de toute beauté lors de mon contrôle d’hier. Pression sanguine parfaite. Elle m’a fait un joli dessin sur le bras pour prendre une photo afin d’expliquer aux infirmiers là où il ne faut pas piquer, l’endroit où la veine se sépare en deux, à mi-bras. Une femme charmante, mon angiologue. Troublant… 

Je suis en dialyse ce matin. Cette après-midi, il faut que je me coltine de la paperasse administrative car je n’ai que trop laissé trainer mes remboursements de santé. J’étais dans le gaz ces derniers temps, incapable de m’occuper de ça. Lorsque j’émerge, ce sont des choses que je dois mettre à jour. Le courrier en retard, ça me fait penser à Gaston lagaffe… Un personnage que j’adore. Un poète.

Café. Expresso, un double. Mes oeufs durs cuisent dans une petite casserole qui balance un peu d’eau par dessus bord en bouillonnant et fait feuler la plaquer rougeoyante. Je dois me goinfrer des protéines à tous les repas car mon organisme ne les garde pas. Hier, j’ai réussi à faire 20 minutes de rameur et 6 kilomètres à pieds. Bouger physiquement, faire de l’exercice, c’est ma planche de survie. D’ailleurs, c’est payant, je me sens bien mieux ce matin. Mon corps vieillit, s’enlaidit. J’ai pris du poids depuis le début de ma dialyse. Ma gueule aussi porte les stigmates de ce changement. J’ai les traits tirés… Je dois rectifier le tir absolument. Je ne vais pas rajeunir mais essayer de limiter les dégâts. « Donnez-vous des objectifs réalisables mais faites de l’exercice quotidiennement » m’a conseillé mon angiologue. Tous les toubibs sont unanimes sur ce sujet. D’ailleurs, aujourd’hui, lors de ma séance, allongé sur mon lit d’hôpital, je vais faire du vélo. Ils peuvent installer un pédalier au pied de mon lit… Au centre de dialyse, sur le mur de la salle d’attente des patients figure les scores kilométriques de ceux qui pédalent dans leur lit avec les villes qu’ils atteignent symboliquement. Venise, Zurich… Personnellement, j’ai encore pas trop participé. Il faut dire que je marche tout de même pas mal en dehors.

Généralement, j’alterne entre des phases où j’en chie et d’autres où je vais très bien. C’est comme ça, rien n’est linéaire. Et puis c’est dans ma nature de bipolaire, probablement…. Je suis stabilisé depuis 1992 mais subis encore les cycles de ma maladie, atténués, certes. Il faut dire aussi que j’en ai pris plein la tronche ces temps avec cette dialyse et sa mise en place. Un changement de vie qu’il faut encaisser… 

Chet Baker chante « C’est si bon » dans ma sono. C’est vrai que c’est si bon de ne plus souffrir… C’est peut-être ça le bonheur, quand on arrête de se prendre des coups de marteau sur le coin de la gueule, tout simplement… L’humain est fait pour être heureux quand on ne le fait pas trop chier mais la vie en décide souvent autrement et peut être bien salope. Personnellement, je mesure ma chance. Certes, je suis très malade mais je suis bien soigné, avec un espoir de guérison, ce qui n’est pas le cas de tout le monde sur cette terre. Et puis j’ai de quoi vivre très correctement matériellement. En définitive, la vie m’a bien servi, en bien comme en mal. 

Comme le disait Saint Augustin : « Le bonheur, c’est avoir envie de ce qu’on a déjà. » et j’ai tant reçu ! Bon, je n’ai pas eu beaucoup de tendresse… Ça oui, j’en ai manqué. J’en souffre encore aujourd’hui. 

Disons que je suis un amoureux de la vie. L’amour est partout où cette dernière se manifeste et se bat pour se faire une place. Alors j’observe le monde qui m’entoure et me nourris d’un sourire, d’un chant d’oiseau, du spectacle d’une fleur qui étale ses couleurs au soleil, de toutes ces choses qui jamais ne me lasseront. 

J’aime tellement être ici !

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