Mon refuge

La journée s’annonce difficile. Le ciel est gris et mon esprit n’est pas loin de l’être. Les couleurs qui hier y trouvaient place ont terni. Une fatigue, sans doute. Physique, psychologique. Ça ira mieux demain. C’est ce qu’on se dit et bien souvent cela se vérifie.  Une douleur dans la poitrine m’inquiète. Lorsqu’on a le coeur un peu capricieux, ce genre de chose revêt une importance particulière. Et puis j’ai un passé d’hypocondriaque dont je subis encore quelques assauts, même si j’ai fait d’énormes progrès. J’arrive à gérer mes émotions lorsque des douleurs persistent ou que des choses bizarres apparaissent sur ma carcasse mais c’est le fruit d’un long travail sur moi qui m’a pris des années. Il faut bien se dire que de toute façon, on échappe que rarement à la maladie et en tout cas jamais à la mort alors à quoi bon se débattre et se persuader que l’on va s’en sortir ? Vivons au jour le jour, avec nos douleurs, nos jouissances, sans trop nous projeter dans l’avenir. L’angoisse, ce fanatisme du pire, n’arrange pas nos affaires en pourrissant ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue et qui appartient à chacun : le plaisir. 

J’ai tant de choses à faire mais une force me maintient sur la chaise de ma cuisine et m’empêche de me mettre au travail. Une force ou un manque d’énergie, de motivation ? J’ai une tendance ces jours à me réfugier dans mon lit, à capituler. Mon père a vécu ça lorsqu’il avait 20 ans. Il était soldat en Algérie lorsqu’il a appris la mort de son père. Coincé dans ce pays en guerre, il s’est taillé une déprime sévère et passait le plus clair de son temps à dormir, entre deux tours de garde. Heureusement, il n’était pas dans une zone de combat. Je crois qu’il ne se serait jamais remis de cela. 

Le lit est un refuge, un façon de dire merde à ce que la vie peut nous faire. Mais il arrive que cette vie pesante viennent nous perturber jusque dans nos songes… Dans ce cas précis, point de véritable repos. Pour ma part, le sommeil est encore mon pote et je me jette dans mon lit chaque soir avec délectation et ne crache pas sur une bonne sieste. Vu mon état de santé, je n’ai pas trop le choix non plus. 

Le ciel ne se découvre pas. La cime des grands peupliers qui font face à ma petite cité est parfaitement immobile. Pas de vent donc peu d’espoir de voir la chape de nuages bouger ce matin. Un piaillement strident se fait entendre dans le boitier de mon volet roulant où des hirondelles ont élu domicile. Chacun se démerde comme il peut pour vivre. On s’accroche. Parce qu’on a que ça, mais aussi parce que parfois le soleil nous inonde et révèle la beauté du monde. 

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