Le ciel est bleu avec peu de nuages. Déjà la chaleur sur la route se fait sentir et remonte du bitume comme pour me cuire lentement le corps. J’ai décidé malgré tout de marcher un peu, activité qu’il me faut conserver coûte que coûte. Un pied devant l’autre, pas à pas. C’est comme ça qu’il convient d’appréhender la vie, une chose après l’autre. Ne jamais considérer la montagne à gravir dans sa globalité, au risque de se décourager. Être à ce que l’on fait, toujours. Une discipline. De toute façon, nos projections dans l’avenir sont systématiquement démenties par la réalité alors à quoi bon fantasmer ce qui n’arrivera pas ?
Une extrasystole plus forte que les autres me secoue le coeur. Je m’arrête à l’ombre d’un roncier et enlève le vêtement superflu qui me couvrait le torse. Petite surchauffe. Ça va mieux, je repars. Le salon de thé où j’ai mes habitudes n’est pourtant pas loin mais je suis tellement diminué… Hier, j’ai couru (du moins trottiné) pour ne pas rater mon tram et mon coeur m’a rappelé à l’ordre assez vite. Je me suis remis à marcher calmement pour reprendre mon souffle et éviter une crise de tachycardie ou un dysfonctionnement plus radical.
Je me souviens des pistes africaines, des jours où je faisais plus de 200 kilomètres avec un vélo chargé pesant 45 kilos… J’avais 20 ans. J’en aurai 57 dans une semaine et j’ai laissé pas mal de plumes physiquement sur mon parcours depuis ce voyage, à tel point qu’à présent, je me traine comme un vieillard. Si on m’avait dit que j’en serai là… Bon, sur d’autres plans, j’ai progressé de façon positive. Je suis mieux dans ma tête qu’il y a 10 ou 20 ans. C’est sans conteste. Et puis j’ai progressé dans mon domaine : la musique, l’écriture. Du moins j’ose espérer que c’est le cas. Lorsqu’une sculpture prend forme, la contrepartie, c’est l’usure des outils. Le temps a fait que je souffre moins aujourd’hui mais il a eu raison de ma jeunesse. Ainsi va la vie.
15 heures 30. Je reprends ce journal après 4 kilomètres de balade à pied et une bonne sieste. Mon corps me remercie en produisant quelques hormones essentielles. Exercice, sommeil. L’alpha et l’omega d’une possible guérison pour moi. Bien sûr, sans rein, je suis condamné à être dialysé à vie mais je garde espoir.
Des raies de soleil inondent mon balcon. Ma petite cité est bien calme aujourd’hui. Tout semble en suspens. C’est comme si le monde profitait d’une trêve. C’est du moins la perception que j’en ai à l’instant. Il est des moments où l’on est en paix et c’est probablement le sentiment le plus agréable qui soit. Il n’y a rien de trop, rien de moins, tout est à sa place, la douleur n’est plus. Subsiste le moment présent qui se savoure telle une douce éternité.
