Mes mains sont étonnamment froides et pourtant chez moi il fait chaud.
Je n’ai pas regardé dehors mais si j’en juge par le bruit que font les voitures qui glissent sur la route humide, je pense qu’il flotte encore. Ça n’en finit pas.
Il est presque 8 heures du matin. Je suis dans mon bureau, face à l’écran de mon ordinateur.
Ça ne se passe jamais comme on l’imagine, n’est-ce pas ? C’est la seule règle dont on peut vraiment être sûr.
Que me réserve cette journée, cette vie ?
De quoi vais-je crever ?
Cette incertitude quant à l’avenir, j’essaie d’en tirer parti. Si tout peut arriver alors le meilleur n’est pas exclu.
J’avale mon deuxième expresso. Sur une de mes playlists, un jazz fusion m’arrache à mes pensées pour me plonger un instant dans une sorte de petite transe.
Que restera-t-il de moi ? Probablement rien. Aucune trace si ce n’est dans certains esprits rescapés qui parfois se souviendront de ma petite personne.
Je devrais laisser de côté ces questions et me bouger, j’ai tant à faire… Mais quelque chose m’empêche d’agir et me pousse à trouver des excuses pour justifier mon inertie. Depuis des semaines, je me traîne une flemme sévère qui me permet juste d’assurer le service minimum. Il faut dire que ma santé physique ne m’aide en rien à enrayer ce phénomène.
Cette pluie, ce passage à l’heure d’hiver, la lumière qui fait défaut, les infos toxiques, il faut admettre que tout ça nous plombe.
Merde, il faut que je me reprenne ! C’est ma vie après tout et je ne crois ni au paradis ni à l’enfer ailleurs qu’ici… Il faut que je tire le meilleur des années qui me restent et elles sont comptées. On remet toujours au lendemain ce coup de bulldozer que l’on devrait mettre dans une existence. L’habitude creuse des ornières qu’il est difficile de quitter pour des chemins différents, plus épanouissants.
Pourtant, l’audace est presque toujours récompensée. La vie n’aime pas les frileux, elle ne leur fait pas de cadeau. Et puis l’aventure est partout, elle ne se cantonne pas aux décisions radicales, majeures. Emprunter une rue que l’on ne connait pas dans sa ville, c’est déjà aller dans le bon sens.
Je me sens souvent coincé dans ma vie et pourtant des milliers de possibilités s’offrent à moi.
Dévier légèrement de sa course, c’est s’offrir un tout autre avenir.

