Appétissantes

J’attends sans attendre vraiment puisque je suis bien ici, dans ce salon de thé de Genève qui étale ses pâtisseries et ses sandwichs appétissants dans des vitrines impeccables. Ça a l’air très bon mais je dois me contenter du goût de mon café déjà avalé qui me reste en bouche puisque mes reins exigent que mon poids soit raisonnable, stable. Mes yeux regardent toutes ces petites tentations et mon imagination les dévore. Un travail d’équipe…

Les serveuses sont rondouillettes et affables. Leur embonpoint est comme un appel à l’excès, une légitimation de la gourmandise. Elles semblent dire : 

« Profitez de la vie, croquer-la à pleines dents, pauvres mortels ! » 

Toutes ont de lourdes poitrines alors l’envie de manger se confond avec celle de se blottir contre ces rondeurs et de les dévorer. Je les imagine avec de larges aréoles, disques rayonnant de chaleur, hypnotiques. Mais je divague… La vie m’a fait prendre d’autres chemins qui à présent sont trop bien balisés pour que je m’en écarte, même si je suis encore imprégné du désir des femmes. 

Perché sur un tabouret de bar, face à la grande vitrine, mon regard alterne entre l’intérieur du salon de thé et une rue laide, sans intérêt. Les clients rentrent et sortent, contents comme s’ils venaient d’apprendre que tout va bien après un scanner. Et ils jettent des au revoir chaleureux à l’assemblée, les mains chargées de plaisirs faciles : croissants, pains au chocolat, tartelettes, casse-croûtes bien garnis et j’en passe. On se tient la porte avec des sourires, on se perd en salamalecs. La vie est belle puisque le palais va jouir… 

Ma tempérance force mon admiration personnelle. Je penche la tasse de mon café pour vérifier si elle est bien vide. Sur les rebords, la mousse a séché. Quelques gouttes subsistent au fond. Je les avale, pour le goût. Il va falloir que je décolle mon séant de ce tabouret. J’ai rendez-vous avec un pote musicien pour un repas. Un repas raisonnable… 

J’ai du mal à quitter les endroits qui me font du bien, comme on peine à sortir d’un bain en hiver dans une maison mal chauffée. Et puis la flemme que je me trimballe ne m’aide pas… 

J’ai appris avec la maladie, les maladies plutôt, qu’il ne faut jamais remettre les plaisirs au lendemain. Le meilleur, c’est ici et maintenant. 

Le pire attendra son tour… 

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