
Je l’ai trouvé abandonné dans la boîte à livre d’un supermarché bio, tout corné mais vraisemblablement devenu inutile. Je l’ai pris comme un petit trésor. Un dictionnaire des citations datant de 1977… De toute façon, la nature humaine n’a pas, je pense, changé d’un iota. Je me suis demandé, en mettant ce bouquin dans mon sac de courses, ce qui avait motivé son propriétaire à se débarrasser d’un tel ouvrage. Une expérience suffisante pour faire fi des 700 auteurs qui livrent leurs connaissances sur l’esprit humain dans ces pages, de Chrétien de Troyes à Le Clézio, comme le stipule la couverture ? Je n’en sais rien. Possible car le livre a été souvent consulté, si j’en juge par son état.
Et d’ailleurs, comment procède-t-on pour écrire un dictionnaire de citations ? Faut-il se goinfrer toute la littérature française en stabilossant les meilleurs passages ?
Extrait d’une discussion chez Larousse, dans un bureau dédié à la rédaction dudit dictionnaire, juste avant la pause de midi :
— Oh, elle est excellente celle-là ! Écoute, Jean-Paul, c’est dans « Voyage au bout de la nuit » que je suis en train de lire : « L’amour, c’est l’infini mis à la portée des caniches ». C’est bon ça non ? Il est fort cet enfoiré de Céline ! Je vais la mettre dans le dictionnaire.
— Ah oui, c’est bon ça. Dis, y a des paupiettes à la cantine à midi. On irait pas plutôt bouffer au coin de la rue, chez Marcel ?
— Oui oui, t’as raison allons chez Marcel. « À la portée des caniches », excellent… je stabilosse direct.
Globalement, la sélection des citations est un travail arbitraire. Et puis il faut avouer que certaines, sorties de leur contexte, sonnent plutôt creux. Pour en mettre des milliers, il fallait ne pas être trop exigeant non plus, contexte ou pas. Chez Larousse, c’est comme partout, on est tenu à des délais, un cahier des charges. 650 pages à fournir pour vendre un volume donnant l’impression qu’on a bien bossé de par son poids, le tout en un temps réduit, c’est chaud… C’est une fois rentré chez moi que je me suis rendu compte que la qualité n’était pas toujours au rendez-vous. C’est comme les blagues au cours d’un repas bien arrosé, y a pas que du bon et pas mal de déchets… Les premières sont souvent très bonnes et puis au fur et à mesure, l’envie de montrer qu’on est intarissable en la matière opère forcément un effondrement de la qualité. Chez Larousse, je pense que c’est le même phénomène.
Bref, ce dico est tout de même carrément mieux que le bouquin de Sarkozy sur sa longue incarcération d’une semaine. D’ailleurs, pas sûr que Larousse y pioche un aphorisme pour la dernière mouture de son dictionnaire genre :
« Y a quelqu’un pour m’ouvrir ? Mince, ils m’ont vraiment enfermé, je suis vraiment en tôle… »
Ben oui, le mec est nul donc ses citations vont avec. Pour avoir une vraie réflexion sur la vie, il faut en connaître les rudesses. Une semaine de prison, c’est pas assez pour écrire un bon livre. Parce que Sarkozy, c’est pas Charlie Bauer, par exemple. L’un a toujours pété dans la soie et l’autre y a connu l’horreur, la torture, l’isolement complet, des années durant, pour des idées hautement plus glorieuses que celles de Nicolas… Bauer, défendait la justice sociale, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, des trucs comme ça, pas d’actualité. Et puis il savait écrire.
Je pense au regretté Coluche qui était bon en aphorisme et ne je ne résiste pas à rappeler le bien connu :
« En politique, les études c’est très simple, c’est cinq ans de droit, tout le reste de travers. »
Je me demande si c’est dans le dernier Larousse, ça…


Comme souvent, j’ai ri et j’ai appris certaines choses. Après la lecture je suis allée voir la vie de Charlie Bauer….
Ce que j’aime c’est que, d’une anecdote du quotidien, d’une rencontre, d’un infime détail on s’ouvre à une réflexion humaniste.