Dans mes veines coule un sang vicié. Je souffre d’une IRC, une Insuffisance Rénale Chronique. Quel acronyme barbare ! CRI à l’envers. Celui que je ne pousse pas, estomaqué par cette nouvelle qui me tombe dessus : j’ai appris hier, au détour d’un bilan rénal catastrophique, que j’allais être dialysé tout bientôt, branché sur une machine trois matinées par semaine, allongé avec des compagnons de misère dans une grande salle dont le silence est à peine perturbé par de petits bips. Je m’y attendais un peu, certes, mais pas si vite. Cette fois, inutile de reculer dans ma tête, j’y suis, jusqu’au cou. Mes pieds et mes chevilles font de l’oedème et je suis souvent terrassé par la fatigue, comme si j’avais fait un déménagement après une nuit blanche. Je suis au bout du bout et dois me rendre à l’évidence : c’est la dialyse ou le cercueil.
Je pleure de temps en temps depuis que j’ai découvert mes résultats, pas trop, juste pour éviter que ma tristesse ne l’emporte.
Et puis j’ai des tas de projets, de l’autre côté du tunnel. Je ramperai dans son obscurité, me cognerai à ses parois froides et humides mais après, le soleil m’attends, je le sens. C’est étrange, je ne me vois pas mourir, pas encore, pas à cause de ça. Je pense à la chanson de Reggiani, d’un coup : « Le temps qui reste ». Le pessimiste voit de la tristesse dans ce texte mais c’est un formidable hymne à la vie, à sa puissance face à la mort. La mort, cette petite chose. « Je l’aime tant, le temps qui reste » disait ce chanteur qui se savait condamné. Pour ma part, je sais jouir de ce temps-là et ne voyez rien de macabre là-dedans.
Et vous ? Qu’allez-vous faire du temps qui vous reste ? Dépêchez-vous de séparer le bon grain de l’ivraie et faites ce que vous aimez. Faites le souvent, souvent, souvent… Mon ami Laurent, emporté par un cancer il y a 4 ans maintenant, me disait au téléphone depuis son lit d’hôpital ses mots simples : « Profite de ta vie ! ».
Je suis vivant.
Plus que jamais.
