
Je suis parfois comme ces avions cargo qui s’arrachent de la piste de décollage par une sorte de miracle. Tout porte à croire que je vais rester cloué au sol avec le poids de mon âme et pourtant je prends de la hauteur, je vois la terre et ses habitants s’éloigner. Le tissus épais de mes nuages sombres se déchire et le soleil m’éclabousse enfin de lumière, chassant les spectres de mon esprit malade. Je vole, sans raison, et jouis du simple fait d’être. Libre et débarrassé de toute contrainte, je me gonfle de vie et me nourris de cette sensation extatique. Ma pensée s’arrête. Mon corps, jusqu’alors morcelé, dépecé par de multiples douleurs inquiétantes, ne fait plus qu’un et se déploie dans le bombardement de photons qui le traverse. Mes douleurs passées ne sont plus que le chemin tortueux m’ayant conduit à cet endroit qui en moi s’ouvre sur l’univers. Une musique se perd dans l’infini de l’espace et me revient plus forte encore, avec les rythmes et les couleurs insensées qu’elle doit à son voyage, me plongeant dans une ivresse gigantesque.
C’est mon souffle, toujours, qui me ramène sur terre. Je reprends peu à peu conscience de ma finitude à chacune de mes inspirations. Elles reprennent le décompte de cet air qu’il me reste à respirer avant le dernier relâchement de mon diaphragme, avant de partir vers cet inconnu fascinant.

Cela me donne envie de voler avec toi…