L’arrière-boutique

Les véritables intentions des gens sont bien souvent cachées derrière un épais rideau de fumée, et puis un jour, une brise légère se lève et ce rideau se dissipe. On entrevoit enfin la vérité, parfois douloureuse. La relation se casse et elle n’est plus possible, en tout cas plus comme avant. 

Autrement dit, il y a la vitrine, ce que l’on présente avec nos qualités bien agencées, mis en valeur, pour plaire, séduire, et l’arrière-boutique où l’on entasse tout ce que l’on veut cacher. 

J’ai visité l’autre jour ce lieu interdit chez deux de mes amis, un lieu que j’entrevoyais, certes, mais pas avec tant de discernement qu’aujourd’hui. Bien sûr, je devrais les prendre pour ce qu’ils sont puisqu’ils m’acceptent bien tel que je suis. Mais ça, c’est la théorie… 

« Un ami, c’est quelqu’un qui vous connait très bien et qui vous aime quand même. » disait l’astrophysicien Hubert Reeves. Seulement parfois l’amitié, c’est comme la bourse, les cours s’effondrent. La décision de se débarrasser des actions ou d’attendre qu’elles remontent se pose alors. Personnellement, j’ai décidé de garder mes actions mais de ne plus investir à perte, de ne plus miser sur des valeurs aussi peu fiables.

Si tu repères un trait de caractère bien tranché chez quelqu’un, en bien comme en mal, sache qu’il le gardera jusqu’à sa mort. Si c’est une qualité, alléluia ! Mais s’il s’agit d’un travers, à toi de voir si tu l’acceptes. C’est en définitive un calcul froid de gain et de perte qu’opère notre cerveau, malgré nous. 

Je ne peux m’empêcher de penser à la chanson de Léo Ferré : Avec le temps.  

« Avec le temps, va, tout s’en va

Et l’on se sent blanchi comme un cheval fourbu

Et l’on se sent glacé dans un lit de hasard

Et l’on se sent tout seul peut-être, mais peinard

Et l’on se sent floué par les années perdues

Alors vraiment

Avec le temps on n’aime plus »

Ces paroles magnifiques traduisent si bien mon ressenti lorsque je me suis couché dans mon lit après cette fameuse soirée, même si cette chanson ne correspond pas exactement à mon propos.

J’étais pourtant sorti avec tant de bonnes intentions… C’est jamais ce qu’on attend qui arrive, n’est-ce pas ?! Bref, ainsi va la vie. Ça m’apprendra à prendre les gens pour ce qu’ils ne sont pas car il y a le baratin du vendeur et la qualité réelle de son produit, deux choses bien différentes. 

Ces métaphores mercantiles, je ne les utilise pas par hasard. On passe sa vie à se vendre. Au boulot, en amitié, en amour… 

Nous sommes de petits humains malades qui tentons de passer pour des gens bien comme il faut, équilibrés. Foutaise ! Tout ce cirque me fatigue. 

Je n’aime des gens que leur fragilité, rarement avouée, lorsque cesse l’imposture. 

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