4 heures 15 du matin. Je me suis réveillé à 4 heures pour une dernière miction dans le bidon rempli de pisse qui attendait sagement dans mon frigo. Mes urines de 24 heures vont être analysées au centre tout à l’heure. De la poésie bien avant l’aube… 

Aux alentours de ma petit cité, les merles chantent déjà, comme Chet Baker dans ma sono. Il est mort à 58 ans et on lui en aurait donné 75 tellement sa peau était parcheminée. Stigmates d’une vie avec la came. Chet fait partie de mes musiciens préférés. Le genre d’artiste qui peut débarquer chez moi sans prévenir, à n’importe quel moment, et qui aura toujours mes tympans disponibles. La voix de Chet, c’est un câlin. Sa trompette, c’est l’intelligence du jeu, sans artifice, sans frime. C’est juste la classe ultime. Il me réconcilie avec la vie quand cette dernière me malmène. Il se berçait lui-même en chantant et en jouant et c’était contagieux. 

Je pense à cet autre trompettiste, Roy Hargrove, mort d’un arrêt cardiaque. Il souffrait comme moi d’une insuffisance rénale et était dialysé depuis des années. Un musicien d’un tout autre style que Chet mais que j’aime beaucoup également. Roy, c’était un jaillissement, contrairement à la fragilité de Chet. 

Je vais souvent voir de quoi sont décédés les artistes célèbres afin de savoir ce qu’invente la mort pour nous choper. Chet est mort à Amsterdam après être tombé par la fenêtre de sa chambre du deuxième étage d’un hôtel, bien défoncé à la coke et à l’héro. Et moi ? Comment la faucheuse va-t-elle m’effacer de l’existence ? Peu de chance que ce soit écrit un jour dans Wikipédia… Mes reins seront-ils la cause de mon décès ? Ou alors vais-je mourir d’un cancer ? Ou écrasé par un bus que je n’aurai pas vu, absorbé par un solo de Chet dans mon casque stéréo en traversant une rue de Genève ? 

Putain, les idées sombres dès le matin… Allez, je parle d’autre chose. Show must go on ! J’ai pas l’air comme ça mais j’aime la vie. C’est peut-être pour ça que je parle beaucoup de la mort. J’ai pas envie de partir. Et puis merde, c’est toujours pareil, c’est quand on commence vraiment à s’amuser qu’il faut ranger ses jouets… 

Je ne sais pas pourquoi j’aborde ces sujets graves ce matin parce que je me sens vraiment très bien, comme si mon esprit était dans du coton. Lorsque l’on avale un sédatif, ça fait cet effet-là. Sensation toute naturelle chez moi aujourd’hui. Pourtant, je pars en dialyse dans une heure, avec mes urines sous le bras… Mais qu’importe, je suis sur un nuage. 

Merci Chet, merci la vie, 

Merci, merci, merci ! 

Un commentaire

  1. Un moment de vie……Ce n’est pas la vie en rose….
    Merci pour Chet Baker et pour Roy Hargrove. Un cadeau.

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