Après la pluie

Hier, ma cinquième dialyse a foiré lamentablement. Elle est donc repoussée. Ma veine a fait des siennes et les quatre fois où j’ai été piqué (deux essais avec une double piqûre), ça ne s’est pas déroulé comme prévu et j’ai fait des hématomes. Je m’étais habitué à ce que ça se passe bien et là, ratage complet, retour à la maison. Je me suis levé à 5 heures 15 du matin juste pour me faire charcuter. Les infirmières étaient confuses et moi contrarié. Je dois y retourner lundi pour un autre essai avec, je l’avoue, une certaine appréhension. Mon pauvre bras… Il faut dire que ma fistule est récente. On m’avait prévenu que ce genre de choses peut arriver, qu’il faut que les parois de ma veine se solidifient à force d’être piquées. 

J’ai bien dormi cette nuit. Je me suis levé à 6 heures 30. J’aurais pu rester au lit plus longtemps mais je ne dois pas m’éloigner des horaires de dialyse, même les jours où je n’y vais pas, afin de ne pas trop me décaler. Une drôle de vie, presque ascétique. Enfin, je résiste. Un vrai tank… 

J’ai reçu un fascicule intitulé : « Manger en toute sécurité et avec plaisir malgré la dialyse » avec des tableaux de valeurs nutritionnelles (protéines, sodium, potassium, phosphore) car il y a des doses à ne pas dépasser, qui peuvent être dangereuses, voir létales. Le truc qui rassure… Du coup, ce fascicule devient ta bible ! À chaque fois que tu t’apprêtes à becqueter quelque chose, tu te réfères aux tableaux. Les aliments marqués en couleurs sont à éviter absolument, comme par exemple le chocolat, les avocats et les bananes qui contiennent beaucoup de potassium. Par contre, je peux les consommer durant la dialyse, pendant que la machine fonctionne car ils sont filtrés par cette dernière directement. J’ai déjà prévu de boulotter une demi-plaque de chocolat au lait à ce moment-là. Du bon ! On s’adapte. 

Petit baisse de moral ce matin. Rien de bien grave mais je sens un fléchissement. J’essaie de ne pas avoir peur. De toute façon, tout se terminera un jour alors autant se détendre et profiter pleinement de ce qui est offert, sans stresser. « Être heureux, c’est avoir envie de ce qu’on a déjà » disait Jean Giono. 

Le temps s’est couvert, il flotte. Ma « permission » se termine sous la pluie. Un temps qui ressemble à mon humeur du jour. Je me connais, ça va repartir. Je vais prendre une douche, sauter dans mon slip, m’habiller et direction le bistro où j’ai mes habitudes. Voir du monde me fera le plus grand bien. Mon ancien psy me disait il y a bien longtemps, alors que j’étais englué dans mes idées sombres : « Dans ces cas-là, sors ! Ne cherche pas à résoudre tes problèmes en ruminant. Sors ! Vois du monde ! Brise le cercle vicieux ! ». Aujourd’hui, c’est différent. Je ne suis plus quelqu’un de pathologiquement angoissé. J’ai arrêté, comme on arrête la clope, vers 50 ans. Par lassitude, presque… Je me suis dit que j’allais me tuer avec cet auto-matraquage. Seulement, il faut du temps pour cette prise de conscience. Il m’a fallu plus de 30 ans pour dire stop à ce bourreau que j’étais pour ma propre personne. Ce que j’ai pu me faire mal ! Je me donnais des coups même lorsque j’étais à terre, jusqu’au jour où j’ai compris que je méritais du respect. Compris que je devais me traiter comme je le ferais avec un ami cher. J’entamais ce travail de reconstruction et ce fut comme une révélation. Il est possible de s’aimer et d’être bien dans sa peau, heureux, même avec une conscience aiguisée de ce qui se passe dans ce monde. Justement parce que son propre équilibre dépends de choses très intérieures. Le monde, quant à lui, il est ce qu’il est. J’ai juste la chance que des bombes ne me pleuvent pas sur la tête… Certes, mes reins sont foutus et je dépends d’une machine pour vivre. Qu’importe. 

Je danserai le temps qui me reste. 

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