Cette machine à laquelle je dois la vie

Mon cœur tambourine dans ma cage thoracique et mon souffle est court. La dernière séance de dialyse a foiré et je me demande ce que l’on va faire si celle d’aujourd’hui est une nouvelle fois un échec, d’où mon stress. Mon bras porte les stigmates des diverses piqûres que l’on ma faites. Les multiples hématomes violacés qui s’étalent sur sa peau me filent le cafard. Je suis dans ma voiture, dans le sous-sol du centre de dialyse et essaie de me détendre. J’avale un bêtabloquant. Mon rythme cardiaque va redescendre sous peu. Boz Scaggs chante « This Time The Dream’s On Me ». Je prends de profondes inspirations en tentant de centrer mon souffle et ma conscience sur mon ventre et non ma poitrine. Il va falloir que je monte au centre deux étages plus haut, je n’ai pas le choix… 

9 heures. J’ai enfin une aiguille plantée dans la bras et qui fait son taf ! Quel soulagement ! Dans mon casque, Boz Scaggs, encore lui, me berce avec « Angel Eyes ». Orbán s’est fait dégager en Hongrie. Scènes de liesse dans les rues de Budapest sur la tablette qui me fait face. Que de bonnes nouvelles ce matin ! Dehors, le ciel gris n’a plus aucune importance puisque dans ma tête le soleil brille. C’est ça la vie, cette alternance entre emmerdes et accalmies. Tu respires une fois sur deux. Les dépressifs chroniques, eux, ne respirent jamais. De ce fait, ils risquent l’asphyxie et la souffrance devient telle qu’ils y mettent parfois un terme en se supprimant. Que de joie dans mes propos, ce matin… C’est juste que je mesure ma chance de ne pas faire partie de cette catégorie de gens. Je suis juste un peu cinglé mais d’un tempérament plutôt guilleret, en définitive. Mes chansons me servent d’exutoire en extirpant la peine de mon esprit à travers mes textes et ma voix éraillée, très éloignée de ma voix parlée. Je devrais essayer de composer des chansons gaies. Un projet…

10 heures 30. Encore une demi-heure accroché à cette machine et c’est la quille jusqu’à samedi ! Un air de vacances souffle dans mon quotidien quelque peu routinier. Mince, ce qu’on est bien lorsqu’on n’est pas mal ! J’ai hâte d’être dehors, même si une fine pluie rince mon pays, même si pas mal de réjouissances me sont aujourd’hui retirées. Ils faut savoir se contenter de ce qui est à portée de vie. Je vais bosser ma nouvelle chanson, voir mes amis, ma mère, jouer du trombone, en substance : faire tout ce qui me fais encore vibrer, exister !

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