
Ici, le soleil se lève comme à l’autre bout du monde, avec cette incandescence immuable, cette lenteur trompeuse qui le propulse dans un ciel bleuissant. Et pourtant, en bas, sur cette terre, les hommes ne subissent pas tous le même sort. Certains jouissent alors que d’autres agonisent.
Au loin, je vois des fumerolles s’échapper de quelques usines prospères. Les nuages affalés sur l’horizon sont encore bariolés de jaune et d’orange.
Ce pourrait être ailleurs, là-bas, à des milliers de kilomètres, mais c’est ici.
Certains sont nés du bon côté, sans aucune gloire.
Je respire l’odeur du pain chaud et des croissants dans la rue, au petit matin, après une nuit paisible dans un lit douillet, avec toi.
Le bruit des bombes est si loin et pourtant il suffit de tendre l’oreille pour l’entendre.
La paix est si fragile…
Je t’aime encore plus fort parce que bientôt nous ne pourrons plus.
Parce que le monde vrille.
Parce que mon corps cède.
Il faudrait ne plus voir, ne plus entendre afin de ne pas sombrer mais c’est impossible pour moi.
Regarde.
N’oublie pas.
Sois conscient.
Que notre passage ici s’imprègne de tout, de nos salives et de nos sueurs mêlées pendant l’amour mais aussi du sang versé, même loin.
Ne perdons rien de l’humain merveilleux, abjecte.
Qui peut prétendre appartenir à cette race sans avoir en lui la lumière et l’ombre ?
Les nouvelles pour moi sont mauvaises. Mes organes sont malades.
Je ne sais plus comment je fais pour vivre.
Je ne sais plus comment je fais.
Je ne sais plus comment.
Je ne sais plus.
Je…