Peur
Ma maladie fait peur, puisqu’il s’agit d’un dysfonctionnement de l’esprit.
Moi-même, je ne suis pas rassuré au contact d’autres personnes souffrant de troubles psychiatriques.
D’ailleurs, je ne suis pas tranquille en ma propre présence.
Et puis je ne suis pas un bon exemple car j’ai peur de tout, pas seulement des malades mentaux.
Dès que le ton monte, mon angoisse suit aussitôt.
Je tremble sans cesse puisque le danger est partout.
Ma maladie fait peur,
Surtout à celui qui en est atteint.
Crise
Je me suis mordu. Si j’avais eu des dents de chien, j’aurais touché l’os. Je suis bon pour des bleus au bras, demain. Je mords toujours le droit. Peut-être parce que je suis droitier.
J’avais envie de tout casser, de tout balancer dans l’espace. Vers les murs. Vers les vitres.
Mon sang bouillait, réclamant plus d’espace au réseau exigu de mes veines.
J’ai balancé un coup de poing violent sur mon bureau. Puis je me suis mordu à nouveau, plus fort. Je ne sais pourquoi mais j’aurais voulu m’arracher des lambeaux de chair.
Je me suis mis des claques jusqu’à ce que les joues me brûlent.
Finalement, j’ai avalé un sédatif. Lui seul pouvait ramener le calme.
Me voilà détendu. Il a tué la haine et me caresse les muscles avec la douceur d’une femme.
Je suis presque content d’être de retour dans mon petit confort, celui de mon enfermement, de ma peur du dehors, de ma solitude.
J’allume une roulée dont la nicotine m’emporte.
Pourquoi est-ce que ce qui nous tue nous soulage le mieux ?
Hypocondrie
J’examine méticuleusement ma peau, et lorsque quelque chose me paraît louche, mes doigts prennent le relais, caressent et jaugent le creux ou la sur épaisseur, la rugosité de l’intrus.
Je redoute une tâche rouge ou blanche, n’osant imaginer du gris ou du violet.
Puis il y a les organes dont la moindre douleur qui dure génère de puissantes angoisses. Le cœur, le foie, les reins sont autant de cancers potentiels.
Enfin, il y a l’âge, les prémices de la vieillesse, la dégradation du corps qui commence et que je dois admettre.
L’hypocondrie, reine des maladies, se nourrit de tout changement physique. Elle veut la guerre et se saisit du moindre prétexte.
Je me bats en essayant de nier ma chair et ses petites souffrances alarmistes.
Lorsque l’on a peur de la maladie, on n’ose même plus avoir mal.
Médicaments
La pipette plonge dans le flacon de cyamémazine. Elle se remplit d’un épais liquide jaunâtre. Un verre d’eau est prêt. J’y laisse tomber un nombre précis de gouttes et je remue. J’extirpe ensuite les gros comprimés de carbonate de Lithium de leur logement, puis c’est au tour des deux petites pilules d’aripiprazole et de Mirtazapine de sortir.
J’avale le tout, le solide avec le liquide.
Il ne me faut que deux minutes pour faire tout ça mais je déteste ce moment-là.
C’est une entrave à ma liberté,
Un renoncement,
Une manière de dire à mon mal qu’il existe.
Une demie heure après, la molécule de cyamémazine a investi mon cerveau.
Je me détends.
Et tant pis pour la liberté.
Vibrations
La plupart du temps, mes doigts oscillent aussi vite qu’un passereau bat des ailes.
Ils témoignent de mon trouble, de mon cerveau défaillant, en faisant dans les verres des vagues terribles et avec un papier un grondement de tonnerre.
Quand ma peur s’en va,
Que mon cerveau est mieux réglé,
Mes doigts cessent de trembler.
Alors je vois dormir paisiblement,
Côte à côte comme il se doit,
Dix petits judas sans remords.
Le devin
Un médecin m’a dit un jour que je ne serai jamais heureux, que j’aurai au mieux quelques petits plaisirs entre chaque passage à vide.
J’aurais voulu lui sauter à la gorge, lui hurler aux oreilles que personne n’avait à me dire comment j’allais vivre ni avec quelle intensité, et qu’il n’avait aucune idée de la force et de l’espoir dont j’étais porteur.
Comment pouvais-je faire comprendre à ce technocrate de l’âme d’où j’étais revenu?
Vingt années ont passé et je n’ai jamais connu le bonheur.
Quelques plaisirs fugaces, tout au plus.
Ce type avait raison.
Mais je ne suis pas encore mort.
La fête
Les gens se détendent autour de moi, inspirés par un reggae de Marley.
Ils rient, s’embrassent, se collent tant qu’ils peuvent.
On me jette des regards bienveillants, peut être, mais je ne les vois pas ainsi. J’essaye de me dire que personne n’est contre moi, en vain.
J’absorbe le rythme. Il me berce, me console un peu.
Le dessin de la moquette balade quelques minutes mon imagination qui finit par se perdre dans les reflets colorés glissant sur les verres alignés derrière le bar.
Les lumières et les gens se mettent à danser.
Mes mains sont tour à tour vertes, bleues, jaunes.
J’ose à peine regarder ma montre.
Je tente un sourire, grimace que je remballe immédiatement.
Il y a du ciment dans mon estomac.
J’arrache mes cent kilos de la banquette et je m’en vais.
Dehors, il n’y a pas d’étoiles. L’air glacé de l’hiver me brûle les poumons. Un nuage blanc sort de ma bouche entrouverte.
Même m’amuser, je n’y arrive pas.
Alcool
Ce soir, je danse n’importe comment, un pied devant, un pas de côté, la tête penchée en arrière et les yeux fermés. La musique égrène ses pulsations que je trahis avec des gestes sans rythme.
Je me fous de moi, de toi, et même de mon traitement qui se doit d’être sérieux.
Je me marre tellement que je fais fuir ton vieux chat à moitié sourd. Je me plie en deux et expulse de mon ventre des ricanements diaboliques.
Puis ça retombe un peu.
Tu me rappelles à l’ordre et confisque la bouteille de vin qui se balance au bout de mes doigts.
Tu m’allonges sur ton canapé, retires mes chaussures et ne m’embrasse pas.
Ce soir, j’ai bu plus que de raison, moins que de déraison.
J’ai bu ce qu’il fallait pour prendre congé de moi.
Café
Mon appart a vue sur la mer, d’un seul coup.
Mon vieux tapis s’ensable et mon canapé se prend pour un transat.
Au balcon, les pigeons se sont déguisés en perroquets, drag queens des caraïbes.
La radio passe une bossa dont la pulsion moelleuse me caresse les tympans.
Je ferme les yeux de plaisir et apparaissent les courbes tortionnaires de jeunes corps en maillots de bain discrets.
J’entends le bruit d’une vague qui n’en finit pas de mourir en poussant vers mes narines une odeur de café que l’on brûle.
J’ouvre les yeux, je me lève et cours à la cuisine.
Le précieux liquide noirâtre bouillonne dans la casserole et me nargue.
Mon cinéma
Je me repasse les films que j’aime comme autant de rêves que je veux faire à nouveau.
Combien de fois la vidéo m’a-t-elle sauvé de la solitude et de la déprime?
Je fuis les salles obscures, la foule et l’enfermement.
Je n’aime ni la promiscuité, ni partager mes émotions avec des inconnus.
Je déteste le bruit que fait le mangeur de sucre quand on filme le silence, les retards en ombres chinoises et les bavards qui trompent l’ennui quand je m’émerveille.
Alors reste ma télé qui me prend le temps d’une séance et me rend, jamais tout à fait le même,
À ce meuble essentiel pour l’oubli du corps,
Mon canapé.
Ma ville
Genève pisse en l’air son lac et asperge quelques japonaises hilares. Elle aligne ses façades bourgeoises de l’île Rousseau jusqu’au quartier des Eaux-Vives. Derrière elles, se cachent des coffres remplis d’Afrique et d’ailleurs, de sang versé et de sueur volée.
Qu’importe. L’été, la ville étale ses terrasses, allume ses vitrines et crache son feu d’artifice dans le ciel et sur la peau du Léman.
Je déambule dans les rues et fais le plein de visages colorés.
La terre entière s’est donnée rendez-vous ici.
Je ne me lasse pas de ce tableau,
Même s’il est hors de prix.
La biche
Une barre d’immeubles masque le Salève qui derrière se prend pour une montagne.
Un tram file sur Genève.
Quelques filles en tenue légère misent sur les premières tiédeurs de mars. Elles traversent en riant la place presque déserte.
Tout ce que je peux, c’est une table de bistrot, un café et les pages d’un carnet qui se complaisent dans le blanc.
Je ne veux plus de cette vie mais elle veut de moi avec acharnement.
Je rêve d’un ailleurs.
Ma fragilité m’empêche de me sauver bien loin.
Mon crâne est une prison qui me promet perpétuité.
Il faut se résigner, arrêter de se débattre, accepter l’impuissance.
Alors l’amour viendra peut-être, comme une biche dans la clairière après la battue.
Longtemps après.
La mort du père
J’étais à Genève et lui dans le Périgord.
Trois jours passèrent sans nouvelles.
Trois jours de doute, d’angoisse.
Et puis j’ai senti que c’était perdu.
C’était dans l’air,
Une odeur de poudre qui ne voulait pas s’en aller.
J’ai téléphoné à son voisin qui une fois là-bas m’a rappelé.
– Je suis devant la porte, en bas. Elle est grande ouverte.
Mon cœur s’est serré, comme dans un énorme poing.
Il est monté à l’étage. J’entendais le bruit des marches. Sa voix a repris.
– Il est assis sur une chaise, dans sa chambre…
C’était de l’acide qui me parcourait les veines. Je voulais hurler : « Ne le dis pas! Ne dis pas ça, non! Je sais que tu vas le dire… » Et il l’a dit.
– Il est froid.
Je me suis écroulé contre une porte en geignant.
Foudroyé.
Je n’ai jamais eu aussi mal.
Le lendemain, je descendais en voiture dans le Périgord avec ma mère.
Un Périgord noir,
Comme jamais.
Elle
Elle est là, dans l’ombre, humant l’air comme une chienne aux aguets, à tenter de savoir si c’est vraiment le moment.
J’ose à peine respirer, à peine vivre.
Je ne veux pas la tenter.
Elle sait la douleur et l’ennui et nous en arrachera.
Elle a tous les droits, dont celui de ne pas venir.
Je me suis déjà collé contre son flanc froid, à pouvoir lui compter les cotes.
Je connais le soulagement de lui échapper comme celui de perdre la vie.
La mort est le plus terrible des abandons,
Mais aussi le plus doux,
Le plus raisonnable.
Échéance
Combien de temps me reste-t-il à vivre ?
Très peu peut-être.
Même s’il ne me restait qu’une semaine, je ne ferais rien de plus, rien de moins.
Je me contenterais du même emmerdement, de la même paresse.
Je sais qu’il n’y a pas plus vaste que l’ennui.
L’humain passe son temps à se dire que ce sera mieux demain, ailleurs, avec d’autres humains.
Sa course effrénée génère une brise risible comparée à la tempête qu’est la contemplation.
Je soupire et bois la dernière gorgée de mon café froid. Dehors, en haut, les nuages ne me disent rien qui vaille.
Il pleut depuis si longtemps…
Les vieux
C’est un bar éclairé par le jour et quelques néons, au milieu d’un centre commercial, dans une banlieue de Genève.
Un bar sans cachet, propre, fonctionnel.
Je viens parfois me glisser parmi les vieux qui le fréquentent.
Pas un mot plus haut que l’autre. De petits bavardages feutrés sur la douleur du jour, les petits enfants trop vivants et cette époque qui les a largués complètement.
Mes nerfs se ramollissent à mesure que mes oreilles me rapportent toutes ces futilités, essentielles pour eux. Je me repose de la violence et de la vitesse du monde.
Lorsque j’ai fait le plein de vide, je me lève d’un coup et fonce vers la sortie, sans canne et sans arthrose,
Pour me remplir de tout ce qui vit.
Monsieur Willow
Il avait les pattes d’un animal plus grand,
Le ventre rond comme une gamelle,
Et des oreilles larges et plates où l’on pouvait écrire.
C’était un bête douce avec moi,
Et mon caractère de chien,
Mon soleil et mon ombre dix ans durant.
Le voilà maintenant couché sur le flanc,
Dans un sac en plastique noir,
A côté de ce trou que l’on creuse,
Michel et moi.
Le sol est dur et nos mains fatiguent.
On dépose le corps au fond.
On remet la terre, l’herbe et le lichen,
Que l’on écrase sous nos pieds.
Je retiens mes larmes qui coulent en dedans.
C’était mon second chien.
Le dernier.
Fantôme
Seul au réveil avec des rêves que je garde pour moi,
Seul au comptoir et c’est très bien comme ça,
Seul dans la rue, dans ma bagnole ou dans les bois,
Seul à parler tout haut quand je suis en bas,
Seul devant celui qui ne comprend pas,
devant celui qui ne veut pas,
qui ne sait pas,
Seul dans le square quand les couples s’embrassent et me poignardent,
Seul avec ma télé qui beugle et que j’insulte,
Seul pour toujours même pour le grand jour.
Alors avant ça, cette vacherie, laisse-moi juste un instant,
Je sais que tu ne veux pas,
Mais un instant hors du temps,
Te serrer dans mes bras.
Psy
Monsieur Wayne est toujours impeccable, avec costume et cravate.
« Je suis chic! », se vante-t-il.
Il prend un café fait par sa secrétaire. Pas moi.
Il me demande si ça va. Moi, ça ne va pas. Je lui raconte des horreurs et il me dit que ça n’est rien. Je lui dis ma douleur et il me parle politique. Quinze ans de rendez-vous, ça tisse des liens.
Il a peur de m’abîmer, c’est pourquoi il ne me fait que de tout petits réglages, Monsieur Wayne. Moi, je rêve d’un grand chambardement, de larmes et d’un nouveau départ mais il me dit à la fin de chaque séance : « et bien, c’est pas si mal! »
Sa souris finit par glisser sur mon dossier, il clique, et sort de son imprimante une liste de molécules amies, toujours les mêmes. Puis il se lève et me demande : « Qu’est-ce que je te souhaite? »
Je lui réponds : « un amour, un livre, une guérison… »
On se regarde, il cligne de l’œil et je m’en vais.
Je l’aime beaucoup Monsieur Wayne. L’air de rien, il m’a sauvé du naufrage.
Et puis ça me rassure d’avoir quelqu’un qui feint de ne pas s’inquiéter pas pour moi.
Le philosophe
Marc est un grand type plié dans un fauteuil qui avale les livres comme autant de petits gâteaux. Il a déjà mangé une bibliothèque. Modeste, il ne se laisse aller qu’à quelques aphorismes, à l’occasion.
Debout sur son mètre quatre-vingt, il peint d’étranges toiles qu’il peine à montrer. Un artiste.
Je peux lui raconter mes hontes, collées au fond de mon âme, sans le choquer, je crois. Il garde les siennes, par pudeur.
Dans ma vieille Ford, j’ai du faire avec lui le tour de la terre. On a même poussé jusqu’en Italie.
Et pendant tout ce temps passé ensemble, on parlait à s’en faire gonfler la langue, trempée toujours, pour la soigner, dans de l’alcool ou du café.
On a parlé pour défaire le monde et faire le notre.
On parle encore, avec nos quarante ans et quelques rêves usés.
Il y a eu des orages. Deux, trois peut-être.
De ceux qui rincent la poussière des longues amitiés.
Ma mère
Que restera-il après ma mère?
Un océan sans îles et moi flottant au milieu, perdu.
Je me souviendrai de nos longues marches bavardes, de nos repas copieux, quand nous nous réjouissions de n’être que tous les deux.
J’entendrai son rire comme une avalanche que j’aimais déclencher.
Je me souviendrai des éloignements, des incompréhensions, quand personne ne se voulait responsable des silences.
Je me souviendrai de sa présence pendant le pire et avant un meilleur qui ne voulait pas venir.
Je lui en ai voulu longtemps d’être forte,
De ne rien laisser passer,
Et enfant, de ne pas m’avoir assez serré.
Je lutte aujourd’hui contre moi,
Et je suis si fort,
Que je serais mort,
Sans les armes qu’elle m’a forgées.
Que restera-t-il après ma mère?
Sa voix en moi, me guidant à travers la nuit.
CERN
Pour moi, c’est un endroit familier et étrange à la fois.
Enfant, je voyais mes parents y aller comme à l’école buissonnière, avec légèreté et passion, sans avoir vraiment conscience qu’il s’agissait de leur travail.
En surface, il y a des vieux bâtiments cubiques et des rues portant des noms de savants. Sous la terre, d’immenses machines pulvérisent les quarks récalcitrants.
Le CERN est peuplé de cerveaux habillés bizarrement qui pourraient presque aller nus tellement ils sont absorbés à trouver comment ils vont casser l’infiniment petit.
Je m’y promène en ayant aucune utilité précise. Je respire l’air nucléaire comme celui de la campagne. Parmi tous ces génies attirés par le trou noir qu’est le progrès, je me sens presque un homme normal. Le froid, le chaud, le dur et le mou, voilà comment se résume pour moi le monde physique.
On trouvera peut-être ici comment me soigner grâce aux applications de la recherche fondamentale. Mon cerveau passera dans une machine et enfin je n’aurai plus d’angoisses, plus d’idées farfelues. J’irai travailler, s’il reste quelque chose à faire, et partirai en vacances au soleil, moi qui n’aime pas ça. Je serai un homme ordinaire avec des peurs justifiées.
Si l’on me soigne vraiment, je n’écrirai plus du tout.
A peine dans les grilles des mots croisés.
Chez Alriq
A Bordeaux, je ne pensais encore qu’aux femmes, ou presque. Il y en avait partout, dans la rue, dans les cafés, à la fac, sur des vélos, dans mon appartement parfois, dans mon lit jamais.
Puis il y eut cette serveuse dans une guinguette au bord de la Garonne, prisonnière d’une robe noire moulante.
Elle s’est approchée de moi en balançant des hanches. J’ai bien failli me sentir mal avant de me sentir bien. Je l’ai emmenée dans mon cloaque comme un butin pour la cacher sous mes draps.
Elle était hystérique, ne rêvait que d’Espagne et de flamenco qu’elle dansait très bien.
Quant à moi, je flirtais avec la folie depuis des semaines.
Alors je l’ai ramenée à sa guinguette et à sa Garonne. À son père, Alriq.
C’était trop beau, trop libre, trop déjanté.
C’était comme il fallait puisque ce fut mon plus bel amour.
Hommes
Les filles, les femmes,
M’ont glissé entre les bras,
Toujours.
J’ai couru, marché,
Je suis resté immobile, sans être jamais à la bonne hauteur.
Je n’ai maintenant pour elles qu’une tendresse, une chaleur, un sentiment amoureux diffus.
Mon sexe a fait demi-tour,
Vers ce qu’il aime et reconnaît à présent,
Son reflet imparfait.
Mon Dieu
J’ai peut-être tout inventé, les gens, les choses, les énergies. Alors je serais le maître de tout ça ? Victime de moi-même ? Ce que je suis serait ce que j’ai voulu ? Étrange. Dans le fond, c’est plutôt inquiétant parce que je n’ai jamais vraiment su ce que je voulais.
Il n’y a pas de pire ennemi que soi-même.
Froid
Cette vie est un hiver sans fin.
Je n’en peux plus de ce froid polaire.
Qu’il m’emporte à jamais!
Je rince mes engelures avec mes larmes à peine tièdes en espérant malgré tout un soleil fabuleux, un soleil africain, comme avant mes vingt ans, avant ma fêlure.
Je sais bien que je mourrai gelé, les poings serrés,
Mais j’aurai dans le ventre de l’herbe tendre,
Et quelques fleurs de mai,
Cachées.
Patience
J’attends l’amitié comme à vingt ans, à la vie, à la mort,
mon tour chez le médecin, avant la tumeur et les rayons,
le soleil qui tarde à se lever après une nuit les yeux ouverts,
le sucre du café que le serveur a oublié,
que sèche le linge car je n’ai plus de slip,
Mais j’attends surtout l’amour,
Comme un gosse attend le père Noël.