Le temps des machines

Après le repas de midi, avec des amis venus manger chez moi, on a fait une balade digestive à pied dans mon quartier, histoire aussi de faire trottiner leur chienne qui commençait à trouver le temps long sur sa couverture, dans un endroit inhabituel pour elle. Nous avons parlé de nos vie respectives en marchant lentement. Au moins cinq ans qu’on ne s’était pas vu. Un moment très agréable.

Ils sont repartis, je suis remonté péniblement dans mon appartement en haut de ma tour, je me suis déshabillé rapidement, comme si je voulais sauver quelqu’un de la noyade, et me suis mis au lit en geignant de plaisir et de douleur à la fois. Lorsque je me couche, mon esprit sait qu’il va trouver du repos, de l’abandon, mais ce corps qui m’encombre m’arrache souvent des râles avant que je trouve la position idéale sous la couette. La soixantaine qui se rapproche, quelques kilos en trop, les reins foutus, le coeur fragile… 

J’ai dormi 3 heures et lorsque j’ai ouvert les yeux, je pensais me réveiller le matin après une bonne nuit de sommeil. C’était juste la sieste d’un type fatigué qui doit recharger ses batteries plus souvent que le commun des mortels… Tiens, je me surprends à faire comme ces gens qui comparent sans cesse l’homme à la machine… « Recharger ses batteries », « être en mode ceci ou cela », « fonctionner »… Je dois surveiller mon langage. Sommes-nous à ce point sur le chemin de la déshumanisation ? Marche, arrêt. Marche ou crève. 

Le silence est retombé dans mon deux pièces, comme une sanction. 

Des voix de gens que je connais, des vivant et des disparus, s’entremêlent dans ma tête alors que, dans le silence de mon appartement, le tic-tac de mes pendules compte à rebours le temps qui me sépare du moment où mon coeur battra pour la dernière fois. 

À quoi rime tout ça ? Qu’est-ce que je fais derrière cet ordinateur à alimenter ce blog que peu de gens liront ? En quoi mon expérience de vie, de non-vie parfois, peut-elle être utile à d’autres ? Probablement par le fait que je ne suis rien et que je suis tout à la fois. Un humain paumé parmi les humains paumés et c’est sûrement en cela qu’on peut parler d’universalité. Je cherche un peu de chaleur, une flamme dans l’obscurité, comme la plupart des gens. Le célibat accentuant cette quête, il me semble. 

Vivre seul est un luxe qui se paie parfois très cher, comme ce soir où je mettrais bien des fers à mes chevilles pour un peu d’attention, de tendresse… Mais à bien y réfléchir, ma liberté est trop précieuse pour la jouer dans une relation, et puis je suis trop habitué à être seul. Il y a un âge où les mises à jour ne sont plus possibles. On est coincé dans ses habitudes. Mince, voilà que je recommence avec mes métaphores de machines…

Est-ce qu’un jour nous arriverons vraiment à codifier l’esprit humain avec des zéros et des uns ?

Nous serions alors immortels. 

J’aime trop la vie pour accepter cette idée. 

La vie unique, 

Courte, 

Dure mais délicieuse,

Sans prix. 

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