Fuck la guerre !

Je suis devenu un citadin. J’habite une petite ville à côté de Genève, côté français. Une ville que l’on dit « dortoir ». J’aime m’y replier mais au bout de deux ou trois jours, Genève me manque : les gens qui courent dans tous les sens, les boutiques, les bâtiments imposants, le trafic, enfin, tout ce remue-ménage qui constitue une ville digne de ce nom. À vrai dire, depuis quelques années, je deviens plus sociable. Je prends conscience de l’essentiel : les rapports humains et l’attachement qui en résulte. Sans l’autre, nous ne sommes rien, il serait impossible de se définir. Les rencontres sont à chaque fois des aventures enrichissantes car les gens n’ayant vraiment rien d’intéressant à partager sont, tout compte fait, assez rares. Chacun trimballe une histoire, une blessure à laquelle il a fallu survivre, tant bien que mal. Et c’est cette fragilité qui me touche, cette brèche racontée de vive voix ou trahie par une attitude. Parce qu’enfin, nous sommes tous semblables, souffrants, aimants, jouissants, et les théories qui voudraient exclure de cette similitude des pans de la société en stigmatisant certaines minorités sont la preuve d’un manque d’intelligence. Connaître l’autre, c’est très souvent, en bien des points, s’y reconnaître et se donner une chance de fraterniser. Même si ne pas avoir de préjugé est un combat presque permanent, il est important de considérer l’autre comme une page blanche et de le laisser y écrire ce qu’il est vraiment, à travers ses actes. Mais voilà une chose qui s’apprend, se travaille…

« Sous des enveloppes grossières, il y a parfois des âmes pures » faisait dire Pagnol à Jean de Florette. Le contraire est tout aussi vrai. 

Le monde semble prendre le virage de l’exclusion et c’est bien là la pire des choses qui pouvait nous arriver. Ne plus se reconnaître en l’autre et laisser libre cours à sa haine légitimée par les discours mainstream. On se recroqueville sur sa communauté, sa soi-disant identité, son passé, son mode de vie routinier, étriqué, et la violence envers celles et ceux qui lutte contre cette dérive devient légitime, acceptable, souhaitable… Face à ce phénomène terrifiant, nous gagnerions à nous parler, à communiquer, à fréquenter les bistrots, même pour y dire de la merde, parce que dans la vraie vie, l’autre nous regarde, nous calibre, nous répond, nous contredit ou se retrouve dans nos propos et ressent de l’empathie. À l’opposé, les réseaux « sociaux » sont une catastrophe absolue, propagateur d’incompréhension, de lâcheté et de haine. Le regard de celui que l’on insulte n’existe pas. On balance ses saloperies et on se déconnecte. 

Va-t-on finir comme ça ? En bataille rangée sur la toile et pour finir dans la rue ? 

On commence déjà en haut lieu à préparer les esprits à prendre les armes pour « Défendre le pays, nos libertés, notre mode de vie ». Notre pays ? Nos libertés ? Notre mode de vie ? Je suis sensé aller étriper mes congénères pour des « valeurs » ? Alors ces « valeurs », de ce fait, vaudraient-elles encore tripette si elles justifient que l’on tue ? 

« La guerre est décidée par des gens qui se connaissent très bien et faite par des gens qui ne se connaissent pas », disait Paul Valéry. Ainsi, je suggère aux puissants de ce monde de se réunir dans une arène et de se mettre sur la gueule tant qu’ils veulent, entre eux, jusqu’à la mort, pourquoi pas. Ce sont leurs guerres, pas les nôtres ! Parce que les humains ne se détestent pas naturellement, sans qu’on leur lessive le cerveau avec des conneries. 

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