
Bien installé dans mon QG, une boulangerie-pâtisserie industrielle locale, perché sur un tabouret de bar devant la vitrine, je regarde le ciel où quelques nuages s’effilochent pour laisser la place à un bleu bien mérité. Le soleil rasant du matin éclaire la vue sans intérêt qui me fait face : un vaste parking bordé de quelques grandes enseignes qui ouvriront bientôt leurs portes à de rares clients matinaux. Ça circule pas mal sur la route surplombant cette petite zone commerciale. Tout est laid, sans âme, et pourtant, je suis bien ici. Il y a du passage, des ouvriers venant chercher de quoi becqueter pour ce midi, essentiellement, ou qui viennent prendre un café avant de reprendre le boulot. Il y aussi les becs à miel qui ont besoin de sucre et se paient des douceurs en consultant les nouvelles du canard du coin.
J’ai besoin de voir des gens, de les observer, de sentir leur présence. Une conversation s’engage parfois. Sur des banalités, certes, mais qu’importe.
Il y a longtemps que je n’ai plus mis les pieds dans le palace à la sortie de la ville que je fréquentais régulièrement pour y écrire, l’hôtel J. Un cadre somptueux, j’en conviens, mais je ne peux plus supporter les clients qui s’y prélassent ni les loufiats qui leur cirent les pompes… Et puis le café, mon sésame pour squatter un tel endroit, est passé à 6 euros ! Je n’ai jamais entamé la conversation avec un client de cet établissement, non pas que je sois sauvage mais je ne pense pas avoir les codes de cette caste d’individus dont le fric leur pisse des doigts. Je crois que je ne remettrai plus jamais les pieds là-bas. On change avec le temps. Les gens simples, sans trop d’argent, ont un rapport à la vie beaucoup plus sain. La solidarité est de mise.
Et puis nul besoin de tout ce luxe pour être bien. Certains ont besoin d’un tas de choses pour jouir, et ils jouissent petit. Grosses bagnoles, villa somptueuse, résidence secondaire au soleil, fringues hors de prix. Avec tous ces artifices, ils trouvent encore l’existence fadasse. Merde ! Tout ça pour ça ?
« L’agent ne fait pas le bonheur ? Rendez-le ! » disait Jules Renard.
Vive les endroits populaires, ceux que ne fréquentent pas les puissants qui decident du sort des pauvres !
