
Il fait encore frais dehors, surtout lorsque le soleil s’éclipse derrière ces putains de nuages qui nous rincent depuis des jours. Je me suis engouffré dans un café à Morges pour déguster un chocolat chaud dont ils ont le secret. Délicieux. Il y a beaucoup de monde attablé mais j’ai trouvé à caser mes miches à côté d’un couple en pleine discussion sur une ado difficile. Nous nous sommes salué poliment puis j’ai fait mine de consulter mon portable, par correction.
Je m’ennuie un brin. Une bonne chose de nos jours où les gens courent dans tous les sens, sauf dans le bon. Un luxe, à vrai dire. Pour faire court, mes reins sont en bout de course, mon cœur part en tachycardie au moindre effort un peu poussé, je suis bipolaire sous traitement, mais j’ai du temps et en cela je suis riche. Immensément. Chacun devrait pouvoir disposer de sa vie comme il l’entend, sans être enchaîné à un travail abrutissant, maltraitant, contraignant, harassant. « Gagner sa vie », voilà une drôle d’expression puisque dans la plupart des cas, on donne de son temps et de sa sueur pour de bien maigres compensations et une servitude dont la plupart des gens se plaignent. Des vies à trimer pour claquer sans avoir réalisé ses rêves. On attend la retraite et cette dernière arrivée, usé , fatigué, la force nous manque pour enfin vivre. On ne gagne pas sa vie, on la perd…
Aux État-Unis, on se souvient de « the Great Resignation », « La Grande Démission » où les ouvriers démissionnèrent en masse de leur taf entre 2021 et 2022 à cause de conditions de travail déplorables (salaires trop bas, manque de reconnaissance). Ils sont allés là où l’herbe est plus verte et je leur dis bravo. On te donne juste de quoi renouveler ta force de travail pour revenir te faire exploiter le lendemain dans des boîtes pourries, entre autres dans les fast food, et il faudrait garder le sourire ?
— Sauce caramel ou coulis de fraise avec votre Sunday ?
Allez bien vous faire foutre. On dit des jeunes qu’ils ne veulent plus bosser, que ce sont des branleurs. Je crois plutôt qu’ils ont flairé le piège et qu’ils sont moins cons qu’ils en ont l’air… Bosser pour quoi ? Pour qui ? Pour flinguer la planète et mourir à la retraite, intoxiqué par ce monde malade ? Ils veulent juste avoir une activité épanouissante qui leur permette de vivre décemment dans un monde moins pollué. Utopiste ? Les congés payés, avant de voir le jour en 1936, étaient utopistes. Idem pour la sécurité sociale, la retraite, etc. C’est avec l’utopie qu’on fabrique un monde nouveau, plus juste et que l’on fait reculer la barbarie. La classe ouvrière ne doit pas réclamer du bout des lèvres mais exiger, à l’heure où les avancées sociales d’antan se réduisent comme une peau de chagrin…
Je serais pas un peu gauchiste, moi ?
Le mot « travail » vient du latin tripalium qui désigne un instrument de torture composé de trois pieux utilisé jadis pour torturer les esclaves ou les animaux. Le sens s’est élargi mais on conserve cette notion de souffrance, de contrainte.
Je ne prône pas le travail mais l’activité. Il faut faire ce que l’on aime et non ce que ce monde attend de nous. Je rêve d’un monde à l’image de tous les hommes et non d’une poignée avide de pouvoir… Ça laisse rêveur, non ?
Alors rêvons, rêvons, rêvons !!!

