Ego

Il y a parfois des périodes où je n’ai plus envie de produire quoi que ce soit, persuadé que tout ce que je ponds est merdique, sans intérêt, sans valeur. Il faudrait se contenter de cet état et ne plus s’exposer, ne plus en avoir le besoin. Être insignifiant mais peinard, loin du jugement, du calibrage. Une mort « artistique », en somme. De toute façon, je n’ai plus vraiment la force de continuer. Pas comme avant, en tout cas. Je me contente de gérer les affaires courantes, sans chercher plus loin. Je ne suis ni écrivain ni musicien mais juste un type qui écrit et joue de la musique. Tant de gens baignent dans l’imposture en s’arrogeant des titres qu’ils ne méritent pas, des compétences dont ils sont dépourvus. 

Ne plus chercher à plaire constitue un grand pas vers la paix intérieure. Et lorsque le corps se dégrade, que la force physique décline, c’est dans cette direction qu’il est possible de trouver un nouveau souffle. L’ego est le moteur principal de la création. On a envie d’être reconnu, aimé. C’est comme une course sans fin vers un but qui toujours s’éloigne. On cherche à se trouver dans le coeur des autres alors que tout bêtement, on est déjà là, dans nos profondeurs. Et c’est pareil dans les relations amoureuses, ce besoin d’être aimé conduit à de la souffrance.

Tout le bien que je me souhaite, c’est de me contenter d’être. J’ai 57 ans. Je sors d’un si long tunnel d’errance psychotique que je n’ai plus le temps d’exceller en quoi que ce soit. Et puis à présent, c’est mon corps qui lâche. Il est trop tard pour moi. Ma réussite, si je peux parler ainsi, c’est de m’être extirpé de la folie et d’être globalement plutôt heureux. J’écris encore sur ce site et je fais de la musique mais bientôt, j’arrêterai complètement. J’aurais alors atteint le paradis. 

Ici. 

Parce qu’il est ici, et seulement ici. 

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