
De fines gouttelettes tombent sur la baie vitrée du salon de thé qui me sert de QG depuis quelques mois. Les jours ensoleillés qui occultaient la situation désastreuse de la planète sont terminés, me ramenant un peu à la réalité. Finie la sensation de vacances, les lunettes de soleil, les terrasses de café, tout ça. Retour à la grisaille et au froid. Depuis hier et ce matin, la pénurie d’eau chaude dans ma tour, même s’il ne s’agit que d’un problème de chaudière passager, ressemble à la bande-annonce de ce qui nous attend à court terme et pour longtemps. Les occidentaux ont pillé les ressources de la planète entière et les ont gaspillées de façon obscène, ont perpétré des guerres aux quatre coins du globe pour obtenir ou conserver leurs privilèges et qui plus est se sont érigés en donneurs de leçons. Voilà l’addition qui arrive et elle promet d’être salée ! Tout se paye. Nous n’avons pas idée de ce qui nous attend. Et nul besoin de designer d’autres coupables que nous mêmes. Je pense que mon expérience de voyage en Afrique me sera profitable au moment où il faudra vivre chichement et y trouver tout de même son compte. Je suis juste un peu inquiet pour ma santé étant en attente d’une greffe rénale, inquiet pour mes proches qui déjà vivotent… Pour le reste, je m’adapterai, comme je l’ai fait sur les routes d’Afrique et d’Europe. Certes, j’avais 20 ans mais ce mode de vie ne s’oublie pas, malgré le temps qui passe. Je suis un routard dans l’âme, un baroudeur en sommeil.
L’idée que nous allons préserver notre mode de vie en bâfrant la plus grosse part du gâteau est un leurre. C’est terminé. Nous serons bientôt à la diète. Pour l’instant, nous sirotons nos dernières gorgées de champagne sans vraiment en avoir conscience mais nous allons passer à l’eau du robinet assez rapidement, qu’on se le dise. J’ai toujours eu la sensation que dans nos sociétés occidentales nous ne vivions pas normalement, que quelque chose ne tournait pas rond, comme si nous nous faisions un gueuleton orgiaque dans un restaurant et que des clochards nous mataient depuis la rue, prêts à venir réclamer leur part, de façon légitime. On a méprisé la misère que l’on a générée. Elle ne va plus demander gentiment son dû dorénavant et cela se comprend.
J’ai bien sûr conscience que la pauvreté existe aussi en Europe ou aux États-Unis mais je fais allusion à une concentration globale des richesses. Pas de justice, pas de paix. C’est ainsi. Balancez autant de bombes que vous voulez, les barbares, cela ne changera rien à la révolte qui est en marche. Le monde va être boulversé et m’est avis que les dominants qui paradent encore n’en ont plus pour très longtemps…
