
Le parking face au salon de thé que j’affectionne est désert. Le soleil rasant de ce matin étire les ombres des rares voitures garées ça et là. Dehors, il fait froid à nouveau. Dans mes oreilles pulse une soul groovy qui donne un air de vacances à cet endroit qui pourtant n’a rien d’apaisant ni d’agréable. Une zone commerciale comme tant d’autres, laide et sale parfois. Il y a une grosse enseigne pour chaque commerce, de quoi se parquer aisément devant, et derrière, la poubelle avec ses cartons éventrés… Des panneaux publicitaires géants dégueulant leurs couleurs criardes jalonnent la route qui traverse cet amas de bâtiments cubiques en tôle. Ici, l’esthétisme est sacrifié sur l’autel de l’efficacité commerciale.
On vend.
Tout.
Point barre.
Au loin, la neige a recouvert les crêtes du Jura de façon magnifique et offre un contraste saisissant avec cette zone commerciale.
Des SUV hors de prix, souvent allemand, voitures classiques dans cette région, vont et viennent à présent sur le parking qui se remplit. Des monstres de plus de deux tonnes poussées par des moteurs surpuissants pour trimbaler la plupart du temps une seule personne d’à peine 80 kilos qui vient boire son petit café et acheter son pain bio, parce qu’il faut bien faire attention à sa santé… Nous ne sommes que paradoxes, contradictions, le tout enrobé d’hypocrisie.
Il existe encore des tribus où lorsque les hommes abattent un arbre ou tuent un animal, il demandent pardon à leur Dieu. Nous voilà aux antipodes de ces considérations « archaïques »… Nos sociétés génocidaires banalisent la mort animale et le massacre du vivant en général. L’humain possède tout et dispose de tout, s’arroge tous les droits. Sa prédation s’applique également à ses congénères. Malgré cela, je ne suis pas misanthrope pour autant. J’aime les gens que j’ai choisis et je suis bien conscient que l’humanité recèle de belles personnes mais la période est sombre et parfois la tristesse l’emporte. J’observe cette société qui boite et va droit au mur.
Et si je me mettais à hurler d’un coup ? Juste parce que trop c’est trop et que nous sommes devenus fous ?! Qui est malade ? Moi qui vois des psy depuis 37 ans et tente de me remettre la tête à l’endroit ou la masse bêlante qui ne réalise pas ce qui se passe ? « Soyons désinvoltes, n’ayons l’air de rien » ironisait Cantat, le poète assassin, dans une chanson de Noir Désir. Mince, je cite ce type, je ne devrais pas mais cette injonction résume si bien le drame que nous vivons…
Il n’y aura pas de réveil.
Nous passerons du sommeil à la mort en percutant le mur.
