{"id":1073,"date":"2026-05-18T06:10:20","date_gmt":"2026-05-18T04:10:20","guid":{"rendered":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/?p=1073"},"modified":"2026-05-18T18:00:34","modified_gmt":"2026-05-18T16:00:34","slug":"citadin","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/2026\/05\/18\/citadin\/","title":{"rendered":"Citadin"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-medium-font-size\">Apr\u00e8s une enfance, une adolescence et une bonne partie de l&rsquo;\u00e2ge adulte pass\u00e9e dans les bois \u00e0 me nourrir d&rsquo;insectes et de racines, j&rsquo;ai rejoint le peuple des villes et m&rsquo;y sens bien. Je suis devenu un citadin. \u00c0 pr\u00e9sent, j&rsquo;ai besoin que \u00e7a grouille, que \u00e7a bouge, que les moteurs vrombissent et que \u00e7a pue le diesel. Et puis il me faut voir des trognes, des sourires, des culs, des seins, par centaines. Je suis avide de vos visages, de vos corps, beaux, laids, baraqu\u00e9s, chaloup\u00e9s, tordus, parfum\u00e9s, transpirants, toniques ou lessiv\u00e9s. J&rsquo;ai besoin que \u00e7a brasse, d&rsquo;entendre vos \u00e9clats de voix, vos rires couillons qui claquent au soleil des terrasses comme de d\u00e9risoires p\u00e9tards avant le grand feu d&rsquo;artifice, le final, l\u2019ultime. En ville, et c&rsquo;est de Gen\u00e8ve dont je parle (mais ce pourrait \u00eatre New York), je me fonds dans la masse qui se disperse et se rassemble tels des \u00e9tourneaux en vol. J\u2019aime la cadence impos\u00e9es par les horaires, les rendez-vous, m\u00eame si je suis en dehors du syst\u00e8me, en observateur. Je ne connais personne et je peux faire mille rencontres, au coin de chaque rue. Ici comme partout, et c\u2019est le hic, la mis\u00e8re \u00e9tale \u00e0 pr\u00e9sent ses matelas sur les trottoirs pour y passer la nuit et le chaland passe son chemin comme \u00e0 l\u2019abri d\u2019une pareille chute ou par peur qu\u2019elle ne soit contagieuse. Gen\u00e8ve suinte sa pauvret\u00e9, sympt\u00f4me d\u2019une \u00e9poque o\u00f9 plus que jamais le gouffre se creuse entre les productifs et les autres, les \u00ab\u00a0inutiles\u00a0\u00bb. Ce monde ax\u00e9 sur le fric exhibe sa plaie sans chercher \u00e0 la cacher, comme un avertissement pour ceux qui n\u2019ont pas encore compris l\u2019injonction : \u00ab\u00a0Marche ou cr\u00e8ve\u00a0\u00bb. Tu n\u2019as rien, tu n\u2019es rien. Et ce n\u2019est que le d\u00e9but de la grande vague, que dis-je, du ras-de-mar\u00e9e qui nous attend. Je le sais, je devrais commencer la lutte, rejoindre ceux qui n\u2019acceptent pas ces perspectives glaciales, mais j\u2019ai d\u00e9j\u00e0 tant \u00e0 faire avec ma sant\u00e9 qu\u2019il ne me reste gu\u00e8re de forces pour militer contre ce capitalisme destructeur. Je regarde et retranscrit dans ces textes ce que je vois, \u00e0 ma mani\u00e8re, avec mon coeur, ma raison. Je me trompe parfois mais j\u2019essaie d\u2019\u00eatre sinc\u00e8re. Je n\u2019ai pas pass\u00e9 mon enfance, mon adolescence et une partie de ma vie \u00e0 me nourrir de racines, vous vous en doutez. Je blaguais. Pas contre, pour ce qui est de mon enfance, il est vrai que j\u2019\u00e9tais toujours dehors, dans la nature. Je suis devenu un citadin par impr\u00e9gnation. On va en ville de plus en plus souvent et le virus s\u2019installe\u2026 En d\u00e9finitive, ma vie se partage entre une petite bourgade frontali\u00e8re et Gen\u00e8ve. J\u2019ai trouv\u00e9 l\u00e0 un parfait \u00e9quilibre. Retourner dans un village, je ne le pourrais pas. J\u2019ai besoin d\u2019anonymat, de libert\u00e9, d\u2019aventure\u2026\u00a0La ville est un foisonnement qui m&rsquo;est devenu indispensable.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s une enfance, une adolescence et une bonne partie de l&rsquo;\u00e2ge adulte pass\u00e9e dans les bois \u00e0 me nourrir d&rsquo;insectes et de racines, j&rsquo;ai rejoint le peuple des villes et m&rsquo;y sens bien. 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