{"id":1121,"date":"2026-05-23T10:50:46","date_gmt":"2026-05-23T08:50:46","guid":{"rendered":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/?p=1121"},"modified":"2026-05-23T13:02:30","modified_gmt":"2026-05-23T11:02:30","slug":"caillot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/2026\/05\/23\/caillot\/","title":{"rendered":"Caillot"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u00ab&nbsp;Les emmerdes, \u00e7a vole toujours en escadrille&nbsp;\u00bb disait le tant regrett\u00e9 Jacques Chirac. Il parlait aussi du \u00ab&nbsp;bruit et de l\u2019odeur&nbsp;\u00bb pour les immigr\u00e9s\u2026 Bref, on ne peut pas avoir un bon mot pour toutes les situations.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019ai appris ce matin, pendant une tentative infructueuse de dialyse avec deux aiguilles, que j\u2019ai un caillot dans la fistule. Rien de grave mais je dois probablement \u00eatre op\u00e9r\u00e9 en ambulatoire par mon angiologue. Une femme charmante au demeurant mais bon, on ne se verra pas pour prendre le th\u00e9. Fait chier ! Encore des rendez-vous m\u00e9dicaux, des pluies de factures, du stress. Je dois accepter que cette p\u00e9riode est difficile. Lorsque tu es pris dans des sables mouvants, il y a deux attitudes possibles. Soit tu te d\u00e9bats comme un diable et tu t\u2019enfonces plus vite que pr\u00e9vu, soit tu te calmes et cogite pour trouver une solution viable. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 d\u2019\u00eatre fataliste et de r\u00e9agir le plus froidement possible afin de ne pas p\u00e9ter un plomb.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Une fois, j\u2019ai confi\u00e9 \u00e0 mon psy que j\u2019aurais voulu ne plus rien ressentir. Il m\u2019a aussit\u00f4t repris en m\u2019affirmant que c\u2019\u00e9tait une des pires choses qu\u2019il puisse arriver \u00e0 un \u00eatre humain (ce sont des \u00e9tats psychologiques qui peuvent survenir apr\u00e8s un traumatisme). Alors souffrons, rions, pleurons, crions, chantons, jouissons tant qu\u2019on peut. C\u2019est \u00e7a \u00eatre un homme.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Un n\u00e9phrologue, tout bronz\u00e9, la soixantaine bien tass\u00e9e, passe me voir et me rassure. Il a contact\u00e9 mon angiologue qui va me donner un rendez-vous afin de v\u00e9rifier tout \u00e7a. L\u2019op\u00e9ration n\u2019est pas certaine. Je suis sous anticoagulants donc avec tr\u00e8s peu de risques de faire une complication. Il me souhaite d\u2019\u00eatre greff\u00e9 rapidement. Je me le souhaite \u00e9galement. Tout ce cirque, il faudra bien que \u00e7a s\u2019arr\u00eate un jour. J\u2019ai pass\u00e9 ma vie \u00e0 \u00eatre malade. Mon esprit est \u00e9puis\u00e9. Il y a diff\u00e9rentes sortes de fatigue. La grande, celle que l\u2019on ressent le plus profond\u00e9ment, est la conscience de toutes les autres. Cette fatigue-l\u00e0 ne se soigne pas avec du repos. Elle est inscrite en nous, comme les kilom\u00e8tres au compteur d\u2019une voiture.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On me fout la paix pour le week-end. Je n\u2019aurai pas mon rendez-vous avant lundi pour contr\u00f4ler cette veine. Pas de restriction en ce qui concerne mon bras.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Encore un heure \u00e0 passer branch\u00e9 \u00e0 cette machine \u00e0 laquelle je dois la vie. Un jazz un peu d\u00e9jant\u00e9 m\u2019asticote les tympans. J\u2019enl\u00e8ve mon casque. Le bruit des machines \u00e0 dialyser prend la suite avec des bips, des borborygmes \u00e9tranges, des petits chocs m\u00e9caniques. Dans l\u2019\u00eelot des infirmiers, on se marre. Il y a une bonne ambiance, saine. Mon bras est un peu douloureux mais je ne suis pas trop inquiet. Je dois m\u2019en remettre au m\u00e9decins et leur faire confiance. Je suis sorti de mon hypocondrie par la force des choses. En fait, je suis tellement dans la mouise en ce qui concerne ma sant\u00e9 que je n\u2019arrive m\u00eame plus \u00e0 angoisser \u00e0 la mesure de ce qui me tombe dessus. \u00c9trangement, mon esprit a capitul\u00e9 et renonc\u00e9 \u00e0 se martyriser en imaginant le pire. Je suis relativement zen.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Apr\u00e8s cette demi-dialyse, je vais rentrer manger ma ration de prot\u00e9ines et faire une bonne sieste. Je me dis que peut-\u00eatre je ne me r\u00e9veillerai pas. Je chasse cette vilaine pens\u00e9e de ma t\u00eate.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ma m\u00e8re est inqui\u00e8te. Je l\u2019ai rassur\u00e9e. En g\u00e9n\u00e9ral, j\u2019ai la conviction que je suis encore sur cette terre pour un moment. Le plus important, c\u2019est de cultiver ce sentiment. Il nous \u00e9loigne de notre condition de mortels conscients. Et puis j\u2019ai encore des tas de trucs \u00e0 faire ici.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C\u2019est pas le moment de se barrer\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab&nbsp;Les emmerdes, \u00e7a vole toujours en escadrille&nbsp;\u00bb disait le tant regrett\u00e9 Jacques Chirac. Il parlait aussi du \u00ab&nbsp;bruit et de l\u2019odeur&nbsp;\u00bb pour les immigr\u00e9s\u2026 Bref, on ne peut pas avoir un bon mot pour toutes les situations.&nbsp; J\u2019ai appris ce matin, pendant une tentative infructueuse de dialyse avec deux aiguilles, que j\u2019ai un caillot dans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":1125,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[125],"tags":[],"class_list":["post-1121","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-journal-dun-dialyse"],"blocksy_meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1121","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1121"}],"version-history":[{"count":10,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1121\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1135,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1121\/revisions\/1135"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/1125"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1121"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1121"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1121"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}