{"id":364,"date":"2026-02-25T09:26:10","date_gmt":"2026-02-25T08:26:10","guid":{"rendered":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/?p=364"},"modified":"2026-03-09T16:17:30","modified_gmt":"2026-03-09T15:17:30","slug":"lafrique-oubliee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/2026\/02\/25\/lafrique-oubliee\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Afrique oubli\u00e9e"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"727\" src=\"https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Thierry-sur-son-velo-en-Afrique-1988-1024x727.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-366\" srcset=\"https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Thierry-sur-son-velo-en-Afrique-1988-1024x727.jpg 1024w, https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Thierry-sur-son-velo-en-Afrique-1988-300x213.jpg 300w, https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Thierry-sur-son-velo-en-Afrique-1988-768x545.jpg 768w, https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/Thierry-sur-son-velo-en-Afrique-1988.jpg 1169w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">4 heures 30 du matin. Le r\u00e9veil de ma cuisine d\u00e9coupe bruyamment le temps avec le son mat de sa trotteuse implacable. Cette fois, c\u2019est s\u00fbr, j\u2019ai chop\u00e9 la cr\u00e8ve. Mal de gorge, enrou\u00e9. Je pensais m\u2019en tirer cette ann\u00e9e et bien non. Mes petits projets pour la journ\u00e9e s\u2019en trouvent boulevers\u00e9s. Ainsi va la vie ! Retour au paddock pour terminer une nuit trop courte\u2026&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">8 heures. J\u2019ai dormi \u00e0 nouveau. Je me suis r\u00e9veill\u00e9 perclus de douleurs avant de pouvoir me d\u00e9plier correctement pour esquisser une marche vers le frigo et boire un grand verre d\u2019eau. On mesure son \u00e2ge et son \u00e9tat de sant\u00e9 au temps qu\u2019il faut le matin pour oublier son corps et se consacrer aux choses de l\u2019esprit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Un point positif, il fait grand beau. Le n\u00e9gatif est que je vais probablement rester dans mon appartement pour soigner mon rhume et ne pas l\u2019aggraver. Car un logement est une cage qui peut \u00eatre dor\u00e9e, certes, mais qui reste une cage. Je crois que mon exp\u00e9rience de voyage \u00e0 v\u00e9lo jusqu\u2019en Afrique m\u2019a marqu\u00e9 profond\u00e9ment. Bien plus que je ne l\u2019imagine. Ces mois de routes, de chemins, de pistes difficiles, cette vie libre \u00e0 en devenir fou, cet instinct de survie que j\u2019ai d\u00fb d\u00e9velopper sans cesse pour \u00e9viter les pi\u00e8ges, ces rencontres fabuleuses, tout \u00e7a a fait qu\u2019aujourd\u2019hui je ne peux pas me contenter de m\u2019affairer tranquillement entre quatre murs et y trouver mon compte. J\u2019ai besoin de sortir, d\u2019aventure, m\u00eame au coin de la rue. La routine me provoque un malaise profond que je dois fuir au plus vite, malgr\u00e9 la maladie qui me diminue. Vivre, c\u2019est rencontrer l\u2019autre, son corps, son esprit et par l\u00e0-m\u00eame d\u00e9couvrir son propre corps, son propre esprit. Se laisser d\u00e9finir par cet autre, en bien et en mal, c\u2019est tendre vers le mieux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019ai retrouv\u00e9 dans ma table de nuit quelques vieux carnets, des journaux intimes, petites purges quotidiennes que je remplissais au stylo bille dans les caf\u00e9s ou chez moi, il y a des ann\u00e9es et en les relisant, je me rends compte du chemin parcouru. \u00c0 cette \u00e9poque, je n\u2019\u00e9tais que souffrance, mal-\u00eatre, carburant aux somnif\u00e8res et aux anxiolytiques. Un brouillon d\u2019homme. J\u2019ai arr\u00eat\u00e9 ces substances depuis des ann\u00e9es. Un signe qui ne trompe pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je suis rentr\u00e9 d\u2019Afrique dans un \u00e9tat catastrophique, \u00e0 20 ans, en 1989. Je ne sais pas si j\u2019aurais pu \u00eatre soign\u00e9 autrement qu\u2019avec un enfermement et une camisole chimique. La question restera en suspens toute ma vie. Toujours est-il que les moyens de l\u2019\u00e9poque en psychiatrie n\u2019\u00e9taient pas ceux d\u2019aujourd\u2019hui et je fais l\u00e0 allusion aux m\u00e9dicaments. Pour ce qui est des moyens allou\u00e9s en France \u00e0 ce parent pauvre de la m\u00e9decine, c\u2019est une honte absolue. J\u2019ai eu la \u00ab\u00a0chance\u00a0\u00bb pour ma part de vivre cet internement \u00e0 Gen\u00e8ve.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">L\u2019Afrique est dans mon esprit, quelque part et je ne peux pas l\u2019oublier, oublier cet aventurier que j\u2019\u00e9tais. Il faut que je me nourrisse de ce feu qui br\u00fblait en moi, si jeune. Qu\u2019aurais-je pens\u00e9 de ma personne si j\u2019avais su ce que j\u2019allais devenir, un mec fatigu\u00e9 qui a tellement surv\u00e9cu ? Aurais-je consid\u00e9r\u00e9 ma vie comme un \u00e9chec ou une r\u00e9ussite ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C\u2019est bizarre, ce jeune mec sur la photo est un peu comme un \u00e9tranger pour moi \u00e0 pr\u00e9sent, parce qu\u2019on en a pas voulu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Et pourtant, il est temps de faire la paix avec ce voyageur libre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le meilleur de moi-m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>4 heures 30 du matin. Le r\u00e9veil de ma cuisine d\u00e9coupe bruyamment le temps avec le son mat de sa trotteuse implacable. Cette fois, c\u2019est s\u00fbr, j\u2019ai chop\u00e9 la cr\u00e8ve. Mal de gorge, enrou\u00e9. Je pensais m\u2019en tirer cette ann\u00e9e et bien non. Mes petits projets pour la journ\u00e9e s\u2019en trouvent boulevers\u00e9s. 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