{"id":45,"date":"2026-02-13T20:43:04","date_gmt":"2026-02-13T19:43:04","guid":{"rendered":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/?p=45"},"modified":"2026-02-19T06:42:09","modified_gmt":"2026-02-19T05:42:09","slug":"memoires-polaroides-hopital","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/2026\/02\/13\/memoires-polaroides-hopital\/","title":{"rendered":"H\u00f4pital &#8211; partie 3"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La reddition<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Nous voil\u00e0 arriv\u00e9s au terrain de jeu. J\u2019escalade jusqu\u2019au toit sous le regard inquiet de ma m\u00e8re et de mon fr\u00e8re. Mon fr\u00e8re qui n\u2019est plus que mon fr\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je soul\u00e8ve une plaque de b\u00e9ton et la fracasse sur les graviers, puis une autre. J\u2019\u00e9pargne la lucarne en plastique. C\u2019est trop peut-\u00eatre. Je descends. C\u2019est, je pense, ce qu\u2019ils attendent de moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ils arrivent \u00e0 me convaincre de visiter le hall. Un vase ventru garni de grosses fleurs pr\u00e9tentieuses est pos\u00e9 sur un rebord. Je le balaye de mon bras. Splatch&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Panique g\u00e9n\u00e9rale des blouses blanches. Par des sourires de miel et des caresses compatissantes, je finis allong\u00e9 sur le dos, baignant dans la lumi\u00e8re froide des n\u00e9ons.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mon p\u00e8re est s\u00fbrement mort.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il n\u2019aura pas r\u00e9sist\u00e9, je pleure.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019accepte la seringue qu\u2019on me montre. Elle va me faire du bien me dit-on. J\u2019offre ma veine et un peu de ma vie, celle qui appartient \u00e0 ma peur. Ils me regardent, le visage \u00e9puis\u00e9. De mon repos d\u00e9pend le leur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je ne le savais pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Je suis chez les fous<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u00ab&nbsp;&#8211; Je veux voir monsieur Ruhr&nbsp;! Je veux voir monsieur Ruhr&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ses yeux sont grand ouverts et elle marche \u00e0 petits pas saccad\u00e9s vers la sortie. C\u2019est une vieille femme en chemise de nuit douteuse, mal peign\u00e9e. On la ram\u00e8ne dans sa chambre comme d\u2019habitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u00ab&nbsp;&#8211; Il marche pas&nbsp;! Il est cass\u00e9&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Lui a le cr\u00e2ne d\u00e9fonc\u00e9, de la lumi\u00e8re nulle part. Il bave et pue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le rasoir \u00e9lectrique fait un vol plan\u00e9 dans les airs et se pulv\u00e9rise sur le sol lisse. Le ton monte. On le ram\u00e8ne dans sa chambre comme d\u2019habitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je fume encore une cigarette.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">&nbsp;Je suis chez les fous.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La chambre vide<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Au d\u00e9but, j\u2019avais une table de chevet. Je l\u2019ai cass\u00e9e, ils l\u2019ont enlev\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019avais un lit de m\u00e9tal que j\u2019ai mis \u00e0 la verticale pour qu\u2019il tombe \u00e0 l\u2019horizontale. Ils l\u2019ont enlev\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019avais des couvertures d\u2019h\u00f4pital r\u00eaches et inodores. Ils me les ont confisqu\u00e9es. J\u2019ai dormi dans le froid de l\u2019air qui passait par la fen\u00eatre blind\u00e9e et ajour\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019ai tap\u00e9 contre la porte presque une heure avec l\u2019h\u00f4pital pour caisse de r\u00e9sonance. Ils ne sont pas venus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019ai d\u00e9f\u00e9qu\u00e9 dans le placard vide.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019\u00e9tais presque mort.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La salle de bain<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Tout \u00e9tait massif dans cette salle de bain. De grosses poign\u00e9es pour se tenir, de gros robinets en inox, une immense baignoire o\u00f9 il fallait presque savoir nager. Pas de tapis au sortir des douches ou au pied de la baignoire. De grands carreaux bleus clairs et froids, partout, comme des plaques de glace qui ne fondraient jamais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019avais peur de glisser sur un morceau de savon et de me fracasser le cr\u00e2ne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019\u00f4tais mes v\u00eatements que je n\u2019avais pas choisis et d\u00e9couvrais la petitesse de mon sexe en m\u00eame temps qu\u2019une g\u00eane. L\u2019infirmier \u00e9tait derri\u00e8re moi. M\u00eame fou, certaines attitudes comme la peur d\u2019en avoir une plus petite que celui qui ne la montre pas subsistent mis\u00e9rablement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il a su trouver les mots qui apaisent et je me suis gliss\u00e9 dans l\u2019eau tr\u00e8s chaude avec un frisson de plaisir. Il est reparti en disant des phrases sans importance alors que je fixais les fen\u00eatres rectangulaires donnant sur le blanc du ciel. Situation parfaite. Temporaire.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Apr\u00e8s une demi-heure je suis sorti ruisselant de l\u2019eau et j\u2019ai pass\u00e9 un peignoir blanc et propre avec le nom de l\u2019h\u00f4pital dans le col. Ils seraient venus me chercher de toute fa\u00e7on.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Et puis tout \u00e9tait trop propre dans cette salle de bain. La salet\u00e9 m\u00e9rite un accueil plus chaleureux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-large-font-size\">Le lac<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Maintenant, tout est permis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C\u2019est une femme. Je ne sais \u00e0 quoi elle ressemble vraiment. C\u2019est juste une femme. Nous sommes assis sur le banc qui fait face au marigot pr\u00e8s de l\u2019h\u00f4pital. Les arbres sont gigantesques, presque faux. Elle me parle de sa vie et je ne comprends que le son de sa voix, sa vibration. Je ne l\u2019aime pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">A l\u2019\u00e9vocation de son amour pass\u00e9 pour lequel elle s\u2019est taill\u00e9 les veines, j\u2019approche mes l\u00e8vres des siennes. Elle recule et s\u2019offusque. Qu\u2019est-ce que c\u2019est que cette histoire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mes pieds quittent le sol l\u2019espace d\u2019un instant. C\u2019est affreux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je ne suis pas press\u00e9 de gu\u00e9rir et de retrouver cette foutue conscience, finalement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La visite de Manu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">A sa fa\u00e7on de dire bonjour, je comprends qu\u2019il ne sait pas vraiment ce que je fais l\u00e0. Il r\u00e9p\u00e8te mon pr\u00e9nom comme un \u00ab&nbsp;Oh la la&nbsp;! C\u2019est pas vrai&nbsp;!&nbsp;\u00bb Il m\u2019a ramen\u00e9 des bonbons et une revue porno. On sort sur la terrasse et lui ne sort pas de son \u00e9tonnement. A tel point que l\u2019on n\u2019arrive pas \u00e0 discuter s\u00e9rieusement. J\u2019ai l\u2019impression de ne pas \u00eatre \u00e0 ma place ici. Je deviens spectateur des autres pensionnaires, presque un infirmier.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il s\u2019en va et moi je reste l\u00e0 sans comprendre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019ai rat\u00e9 le train et la gare aussi a foutu le camp.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C\u2019est vache les visites.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Implosion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ma t\u00eate est si lourde que m\u00eame pos\u00e9e sur le matelas du lit elle me fait mal. Ai-je chang\u00e9 de plan\u00e8te pour que la gravit\u00e9 ait d\u00e9cupl\u00e9 ainsi&nbsp;? Les stores sont baiss\u00e9s et des filets de lumi\u00e8re finissent leur course sur les murs capitonn\u00e9s de ma cellule. J\u2019essaye de me lever, en vain. Je capitule \u00e0 l\u2019image de ces montagnes de chair qui s\u2019\u00e9croulent dans la savane, une seringue dans le derri\u00e8re. La dose est \u00e9l\u00e9phantesque pour que ma fureur soit KO, \u00e0 terre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Que veulent-ils&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je tombe sur le carrelage froid puis essaye de gagner quelques centim\u00e8tres d\u2019altitude.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Quelqu\u2019un bidouille la serrure et pousse la porte. L\u2019infirmi\u00e8re n\u2019a pas l\u2019air \u00e9tonn\u00e9 de me voir rampant \u00e0 m\u00eame le sol. Sa voix chantonne et se veut rassurante. Elle repart presque aussit\u00f4t comme si tout \u00e9tait normal. Elle m\u2019a peut-\u00eatre pris la tension, je ne sais plus. Je suis remont\u00e9 sur mon lit. Elle a d\u00fb m\u2019aider. Je ferme \u00e0 moiti\u00e9 les paupi\u00e8res pour que passe un peu de lumi\u00e8re. Cela me rassure, comme la porte entrouverte de ma chambre, le soir, lorsque j\u2019\u00e9tais enfant. Tout s\u2019enfonce dans la terre qui s\u2019engloutit en elle-m\u00eame dans une terrible et lente implosion.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le combat se poursuivra ailleurs. Il faut savoir battre en retraite. Je me laisse partir au plus profond de moi, \u00e0 la recherche d\u2019un souffle.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Le radiateur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Rage folle&nbsp;! Diabolique pression sanguine&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je cogne sur les plats, les coins. Je frappe ma t\u00eate dans la porte. Bang&nbsp;! Bang&nbsp;! Bang&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je hurle au silence de se taire, invoquant la piti\u00e9 d\u2019un quelconque Dieu disponible puis je me rel\u00e8ve et empoigne l\u2019immense radiateur en fonte et le d\u00e9croche du mur. Eau chaude et eau froide se m\u00e9langent sur le sol en une mare ti\u00e8de. J\u2019\u00e9rige le monstre et de toute sa hauteur je le laisse tomber sur la grande vitre de ma chambre. Il rebondit comme une baguette sur la peau d\u2019un tambour. Je suis m\u00e9dus\u00e9. La fonte a \u00e9chou\u00e9 face \u00e0 la transparence.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je fatigue de me tromper sans cesse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Le bruit de la serrure<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019ai attendu des heures. Des heures&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Pas un bruit. A croire qu\u2019ils avaient tous pris le large, sans moi. Lass\u00e9 d\u2019appeler \u00e0 l\u2019aide je restais dans le silence en essayant d\u2019y trouver un sens. Les histoires se bousculaient dans mon cr\u00e2ne, toutes plus criantes de v\u00e9rit\u00e9 les unes que les autres. Des cam\u00e9ras ici, l\u00e0. La terre enti\u00e8re berc\u00e9e par le battement r\u00e9gulier de mon c\u0153ur. Mon p\u00e8re et ma m\u00e8re sanglotant derri\u00e8re un arbre dans le parc. Mon fr\u00e8re \u00e0 Paris que mon d\u00e9lire avait nomm\u00e9 ministre et \u00e0 qui je faisais souci. Mes amis, \u00e9cart\u00e9s \u00e0 jamais comme une peau morte, avaient la mine triste. Ils ne viendraient plus et moi je ne reviendrais plus de cela non plus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Des bruits de pas\u2026 de talons martelant le carrelage\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le bruit d\u2019une clef dans une serrure est devenu le plus beau bruit du monde.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Bien avant celui du t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Tr\u00e8fle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mon p\u00e8re a trouv\u00e9 un tr\u00e8fle \u00e0 quatre feuilles et me l&rsquo;a offert. Nous sommes assis sur l&rsquo;herbe devant le hall de l&rsquo;h\u00f4pital et je cherche un autre tr\u00e8fle d&rsquo;exception. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il fait beau et seul le soleil me r\u00e9chauffe. Le soleil sait parler \u00e0 tout le monde. Aux fous m\u00eame&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Pauvre papa d\u00e9pass\u00e9 par tout \u00e7a, il est trop t\u00f4t pour moi, pour toi. On se manque autant qu\u2019on se voit. On voit le manque mais on ne dit rien. Nos mains arrachent des fleurs de tr\u00e8fle aux racines sucr\u00e9es et on les suce.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On partage le soleil.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Fum\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C\u2019est comme une perfusion, indispensable. Les l\u00e8vres pinc\u00e9e, les joues qui se creusent puis la bouche qui s\u2019ouvre d\u2019un coup, happe la fum\u00e9e et la recrache apr\u00e8s que les poumons aient pris leur d\u00fb de nicotine. On prend une bouff\u00e9e d\u2019air vici\u00e9 et l\u2019on recommence sans fin, avidement. Les doigts sont jaunis, les yeux aussi, presque. Les plus atteints n\u2019ont pas d\u2019allumettes. Les m\u00e9gots allument les nouvelles cigarettes qui passeront le relais \u00e0 leur tour. Des groupes se forment avec d\u2019\u00e9pais brouillard au dessus de leurs t\u00eates. Feux de paille. Ils font mine de ne pas entendre les supplications du psychotique \u00e0 genoux dans sa cellule qui veut bien tout supporter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mais pas une minute de plus sans tabac.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading is-style-default has-large-font-size\">Le bar de l&rsquo;h\u00f4pital<\/h1>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C\u2019est encore l\u2019h\u00f4pital mais pas tout \u00e0 fait. Les visiteurs sont suspects. Ils se confondent avec les patients. Le b\u00e9n\u00e9fice du doute jette un soup\u00e7on de normalit\u00e9. Je n\u2019ai pas d\u2019\u00e0 priori, sauf pour les d\u00e9glingu\u00e9s de mon secteur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Sur la terrasse, je me chauffe au soleil en carbonisant une blonde. L\u2019infirmi\u00e8re qui m\u2019accompagne se marre. Je fais le pitre. Les piafs patrouillent entre les tables, dessus parfois. Ils vivent de miettes. Avides. Comme moi de cette jeune femme au sourire aimant qui veille au grain. Je n\u2019aurai jamais mieux que cette carte postale.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je ne dois pas la toucher.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La glace<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Regarde bien celui que tu vois dans la glace embu\u00e9e, parce qu\u2019il va mourir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ils le tueront bient\u00f4t \u00e0 coup d\u2019injections, de pilules et de soucis de normalit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ils ont mat\u00e9 des plus coriaces, des plus enrag\u00e9s. Si tu veux qu&rsquo;ils te conduisent vers la grande porte, tu diras ce qu&rsquo;ils attendent et n&rsquo;oublieras pas d&rsquo;\u00eatre sage, comme avant le p\u00e8re No\u00ebl.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Apr\u00e8s, dehors, on t\u2019\u00e9pinglera, esp\u00e8ce rare sous verre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On parlera \u00e0 voix basse devant la petite curiosit\u00e9. Comme au mus\u00e9um.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Regarde bien ce qu\u2019ils ont \u00e9pargn\u00e9, cette fougue indomptable. Essuie la glace et approche-toi. Tu seras \u00e9tonn\u00e9 de voir comme d\u00e9j\u00e0 tu as chang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Le bus<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On m\u2019avait dit de rentrer chez moi, tout seul. Je passais les grilles de l\u2019h\u00f4pital et m\u2019asseyais sur le banc de l\u2019arr\u00eat de bus. Tout n\u2019\u00e9tait qu\u2019angoisse, le monde, moi. Les immeubles gris composaient un d\u00e9cor de cauchemar et les gens semblaient \u00eatre les acteurs d\u2019un film d\u2019horreur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Action&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">L\u2019immense farce macabre commence&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me cramponne \u00e0 la barre qui me fait face dans le bus. Je vais m\u2019\u00e9crouler. Malsain, malsain, malsain.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je reprends le bus dans l\u2019autre sens et descends devant l\u2019h\u00f4pital. Je marche vers mon bloc, soulag\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019habite donc l\u00e0&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Ma souffrance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ma souffrance est insondable.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Elle n\u2019est pas une lame me charcutant les chairs,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">ni une d\u00e9charge \u00e9lectrique,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">ni une violente br\u00fblure,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">ni un \u00e9touffement,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">ni un \u00e9crasement des mains,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">ni une morsure,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">ni une dent que l\u2019on arrache sans anesth\u00e9sie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Non.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ma souffrance est pire que tout cela.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C&rsquo;est celle de l&rsquo;\u00e2me qui se d\u00e9chire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Le bourreau italien<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il est l\u00e0 qui veille, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi. Je ne dors que d\u2019un \u0153il. De l\u2019autre, j\u2019aide mon oreille \u00e0 d\u00e9tecter le moindre signe de sa part. J\u2019entends son souffle r\u00e9gulier. Surtout, ne pas dormir. Ce sicilien conna\u00eet tous les trucs pour se d\u00e9barrasser d\u2019un type comme moi. Un oreiller sur la t\u00eate, une injection surprise, allez savoir&nbsp;! Il a tout du tueur, ce salopard. De petits yeux cruels, une bouche taill\u00e9e au coupe choux, un nez long et fin et le cheveu court et en brosse.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Si ce n\u2019est pas pour ce soir, ce ne sera que partie remise.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Dr\u00f4le d\u2019infirmier.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>L\u2019\u00e9vasion<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Deux anges galopent dans mon sillage. Je file comme le vent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Une v\u00e9ritable passoire cet h\u00f4pital&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Une incitation \u00e0 l\u2019\u00e9vasion&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ils sont maintenant hors de ma vue. Papa&nbsp;! Maman&nbsp;! Je br\u00fble d\u2019entendre votre voix qui me dira de vite rentrer au bercail. Je savoure d\u2019avance les reproches d\u2019absence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u2013&nbsp;Il faut que je t\u00e9l\u00e9phone, monsieur&nbsp;! J\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 me sauver&nbsp;! Je suis libre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le bonhomme descend de son balcon et accepte que je t\u00e9l\u00e9phone.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u2013&nbsp;Maman&nbsp;! viens me chercher&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019attends assis sur un gros caillou dans le jardin et je me vois d\u00e9j\u00e0 roulant vers le lac bord\u00e9 de ses fi\u00e8res montagnes. Le monde va enfin m\u2019appartenir. Je frissonne \u00e0 l\u2019id\u00e9e de l\u2019explorer,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u00e0 l\u2019id\u00e9e de revoir mes fr\u00e8res,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019ouvrir les vannes de cette retenue qui m\u2019\u00e9touffe.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Une voiture se gare dans l\u2019all\u00e9e et en descendent mes deux anges.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Retour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je suis consign\u00e9 dans ma chambre. Pas de lac ni de montagnes, ni de fr\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Les voyages d\u00e9testent la jeunesse.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Hallucinations<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ils me l\u2019ont dit que j\u2019allais souffrir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mais comment s\u2019attendre \u00e0 tout cela&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je suis allong\u00e9 sur le dos et je guette l\u2019incroyable. Je jette un \u0153il apeur\u00e9 par la fen\u00eatre et je le vois, terrifiant, qui dispara\u00eet aussit\u00f4t en me laissant dans une panique sans nom.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Regarder le plafond.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il faut que je regarde le plafond mais je ne peux m\u2019emp\u00eacher de le chercher \u00e0 nouveau du regard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il est \u00e0 nouveau l\u00e0, les yeux exorbit\u00e9s, et dispara\u00eet encore.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je tremble, ruisselle de sueur. Dans les couloirs j\u2019entends qu\u2019on tape sur les conduites d\u2019eau. \u00c7a r\u00e9sonne comme une sonnerie aux morts. Un b\u00e2ton racle le mur puis ma porte, de l\u2019ext\u00e9rieur. L\u2019enfer n\u2019est pas de feu mais de peur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019ouvre la porte de ma chambre et tombe nez \u00e0 nez avec un parapl\u00e9gique effrayant. Je rentre et demande piti\u00e9 \u00e0 celui qui dirige tout \u00e7a. Finalement, je sombre dans un sommeil tortur\u00e9. Je me r\u00e9veille en hurlant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Un couple d\u2019infirmiers se penchent sur mon berceau.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ce ne sont pas des f\u00e9es. \u00c7a non.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Angoisse rageuse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Cette boule dans mon estomac&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mon sang qui frotte dans mes veines, presque vici\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ces id\u00e9es toujours les m\u00eames, viss\u00e9es dans ma t\u00eate, nourrissant mon angoisse qui attend le pire et s\u2019efface devant l\u2019acceptable.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je ne peux m\u2019abandonner au sommeil et frappe mon matelas comme s\u2019il \u00e9tait responsable de mes nuits blanches.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je vais devoir mendier un s\u00e9datif qui me conduira \u00e0 demain dans le fauteuil moelleux d\u2019une limousine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">A fleur de peau, je pourrais pleurer devant une araign\u00e9e morte dans sa toile et enrager pour un rien qui fait des vagues.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je mords mon poing et y laisse des traces violac\u00e9es, celles de mes dents primitives.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Assis sur mon lit, je cogne ma t\u00eate contre la barre m\u00e9tallique de ce dernier, de plus en plus fort pour retarder ma folie destructrice.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je voudrais que la douleur de mon corps l&#8217;emporte sur celle de mon esprit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Elles s&rsquo;additionnent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>R\u00e9pit<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il pleut. Des corbeaux se chamaillent dans le gris anthracite du ciel d\u00e9tremp\u00e9. Je baigne encore dans la fine poussi\u00e8re d\u2019une nuit de r\u00e9pit. Pas un bruit dans l\u2019h\u00f4pital encore endormi. Je m\u2019emmitoufle dans mes draps frais et songe au bonheur de ce moment privil\u00e9gi\u00e9 o\u00f9 les d\u00e9mons m\u2019ont un peu oubli\u00e9. Quelques gouttes ont fait une flaque au pied de la fen\u00eatre entrouverte. Je me l\u00e8ve. J\u2019y pause mon pied et trace des rayons. Le soleil est l\u00e0, derri\u00e8re cette grisaille. On ne le voit pas mais on le sait. J\u2019aimerais que cette pluie ne s\u2019arr\u00eate jamais, comme si elle \u00e9tait garante de ce moment.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le diable sait reconstruire lorsqu\u2019il n\u2019a plus rien \u00e0 d\u00e9truire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je l\u2019accepte, l\u00e2chement.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Le bocal des sages<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le local est exigu, plein comme un \u0153uf.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il y a des papiers partout, sur le bureau, dedans.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il y a des papiers accroch\u00e9s aux murs, multicolores.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il y a des tas de registres et des plateaux de m\u00e9dicaments pour les grandes tourn\u00e9es soporifiques du matin, du midi et du soir.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">La porte, toujours ouverte, donne sur le carrefour des couloirs o\u00f9 viennent s\u2019\u00e9chouer les malades dans un nuage de fum\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">L\u2019activit\u00e9 est intense dans ce bocal. Les blouses blanches fomentent des plans pour chaque sp\u00e9cimen, planifient, statuent et argumentent. Les malades r\u00e9clament sans cesse mais sans trop s\u2019avancer \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. On les repousse souvent.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me cale debout contre le radiateur de la grande entr\u00e9e et je les observe, sans haine particuli\u00e8re. Un jour peut-\u00eatre ils parleront de moi et marqueront sur un papier \u00e0 ent\u00eate&nbsp;: BON POUR SORTIE<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>T\u00e9l\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Elle est dans le coin du grand salon.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Face \u00e0 elle, quelques fauteuils, quelques chaises. Les gens viennent, font le plein de phosphorescence et repartent n\u2019importe quand, souvent avant la fin de l\u2019histoire. Ils ne parlent pas et s\u2019endorment parfois. La t\u00e9l\u00e9 reste allum\u00e9e m\u00eame lorsqu\u2019il n\u2019y a personne, comme une bougie ou un radiateur. Celui qui change de cha\u00eene suscite l\u2019admiration. Il a le pouvoir. Un vrai d\u00e9cideur&nbsp;! Un meneur d\u2019homme&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Lorsqu\u2019ils sont tous l\u00e0 \u00e0 regarder l\u2019insignifiance, pos\u00e9s comme des baleines \u00e9chou\u00e9es sur une plage, j\u2019assassine le piano d\u00e9saccord\u00e9 avec d\u2019affreuses dissonances. Ils ne l\u00e8vent m\u00eame pas la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je sortirai avant eux.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Le travail<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C\u2019est bien la seule chose sur laquelle je suis lucide&nbsp;: mes prouesses en ergoth\u00e9rapie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Sous la f\u00e9rule d\u2019une ma\u00eetresse bien particuli\u00e8re, j\u2019\u00e9tale des couleurs de la pire mani\u00e8re qui soit. Mon trait est malade, d\u00e9nu\u00e9 du moindre soup\u00e7on de gr\u00e2ce. Aucun talent particulier, aucune humanit\u00e9 ne transpirent de ma feuille souill\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Caca&nbsp;! s\u2019\u00e9crirait un enfant \u00e0 la vue de ce torchon \u00e9clabouss\u00e9 de maladresse et criant d\u2019impuissance.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il ne m\u2019a pas fallu plus de quinze minutes pour quitter le lieu de cette activit\u00e9 d\u00e9gradante.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je n\u2019ai pas manqu\u00e9 de chiffonner l\u2019affront que l\u2019on m\u2019avait fait faire \u00e0 moi-m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019emmerde les couleurs.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>QHS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Les barbel\u00e9s entourent l\u2019endroit en une spirale terrifiante. Le parc int\u00e9rieur, bien tenu, contraste \u00e9trangement. Le b\u00e2timent est assez joli, de style maison de ma\u00eetre. On y passerait des vacances, presque, s\u2019il n\u2019y avait ces barreaux de prison aux fen\u00eatres. Il fait beau mais il n\u2019y a personne dehors, sous les grands arbres. On arr\u00eate nos pas et l\u2019on se tait. La mise en sc\u00e8ne est efficace. On imagine les visages et les d\u00e9marches d\u00e9moniaques des habitants de cette forteresse qui vous glaceraient le sang d\u2019un simple regard furtif.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Que faut-il faire pour finir dans cet h\u00f4pital dans l\u2019h\u00f4pital&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mon esprit s\u2019essaye dans l\u2019horreur, transport\u00e9 par la magie noire qui transpire de cet endroit, exil des chiens de l\u2019enfer. Ma m\u00e8re ne dit rien et se remet \u00e0 marcher vers ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je m\u2019attarde quelques secondes et lui embo\u00eete le pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mon dos regarde encore.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Petit bois<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Un schizophr\u00e8ne d\u00e9compense dans la 51. Les meubles tombent avec fracas et se rel\u00e8vent, probablement, pour retomber. Les bruits deviennent plus aigus \u00e0 mesure que les morceaux de bois se r\u00e9tr\u00e9cissent. Personne ne bouge. On laisse faire. Une heure passe et le silence est revenu, peu \u00e0 peu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je l\u2019imagine endormi sur un petit tas de sciure, la col\u00e8re l\u2019ayant abandonn\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u00c7a passe toujours.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Dernier round<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me frappe les yeux avec les poings, de toutes mes forces. Ils veulent m\u2019en emp\u00eacher mais le combat est engag\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Droite, gauche, droite&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je d\u00e9fonce ce corps et le conduis vers l\u2019envol. Je maquille mes yeux car je suis de sortie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Droite, gauche, droite&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ils s\u2019affolent. Plus ils me raisonnent et plus je m\u2019ass\u00e8ne des coups de forcen\u00e9. Ma t\u00eate-tambour r\u00e9sonne.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Roulement de poings, piq\u00fbre, gong&nbsp;!&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le match est fini.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je sors mardi.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Fr\u00e8res de mis\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C\u2019est dans ces murs que je me suis le plus soud\u00e9 aux autres, les \u00e9clop\u00e9s, les boiteux, les morveux, les b\u00e8gues, les caboss\u00e9s, les paranos, les schizos, les maniacos, j\u2019en oublie\u2026 Comme si avec la douleur les atomes se faisaient plus crochus. Une fois dehors, tout est fini. L\u2019h\u00f4pital psychiatrique est un lieu de souffrance mais les hommes y fraternisent plus qu\u2019ailleurs. C\u2019est la moindre des choses, la plus importante.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Le d\u00e9part<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C\u2019est mon p\u00e8re qui vient me chercher pour vraiment partir. Il est content et inquiet \u00e0 la fois et \u00e7a lui fait une dr\u00f4le de t\u00eate. Moi, je suis comme un otage lib\u00e9r\u00e9 que l\u2019on ram\u00e8ne au pays. J\u2019ignore pourquoi ils ont choisi ce jour. J\u2019ai peur de ne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur. Il me parle de futilit\u00e9s et cela me fait chaud au c\u0153ur. Je jette ma cigarette par la vitre entrouverte. Il y a une station service multicolore. On s\u2019y arr\u00eate et mon p\u00e8re descend de la voiture pour faire le plein. Je ne bouge pas car je pr\u00e9f\u00e8re ne pas trop parler aux gens. Le pistolet percute le r\u00e9servoir de la voiture et la pompe ronronne une ou deux minutes. Je vois mon p\u00e8re payer \u00e0 la caisse, vaguement, dans le ciel se refl\u00e9tant sur la baie vitr\u00e9e. Il revient, ouvre la porti\u00e8re, s\u2019affale devant le volant, me regarde sans sourire et me tend un paquet de blondes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u2013&nbsp;C&rsquo;est ce que tu fumes&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u2013&nbsp;Oui, merci.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La reddition Nous voil\u00e0 arriv\u00e9s au terrain de jeu. J\u2019escalade jusqu\u2019au toit sous le regard inquiet de ma m\u00e8re et de mon fr\u00e8re. Mon fr\u00e8re qui n\u2019est plus que mon fr\u00e8re.&nbsp; Je soul\u00e8ve une plaque de b\u00e9ton et la fracasse sur les graviers, puis une autre. J\u2019\u00e9pargne la lucarne en plastique. C\u2019est trop peut-\u00eatre. 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