{"id":461,"date":"2026-02-28T17:34:01","date_gmt":"2026-02-28T16:34:01","guid":{"rendered":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/?p=461"},"modified":"2026-03-04T08:59:12","modified_gmt":"2026-03-04T07:59:12","slug":"jura-5-pluie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/2026\/02\/28\/jura-5-pluie\/","title":{"rendered":"Jura &#8211; 5. Pluie"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">La pluie a commenc\u00e9 \u00e0 tomber d\u00e8s qu&rsquo;on est sorti de la voiture. Une pluie soutenue et dense. Elle nous a rinc\u00e9 une heure durant. On ne savait plus quoi en faire de cette eau qui nous d\u00e9gringolait sur le parapluie, les jambes et les godasses. La premi\u00e8re cascade \u00e9tait impressionnante, un \u00e9ventail de blancheur d&rsquo;une trentaine de m\u00e8tres. Marc regardait \u00e7a comme s&rsquo;il voulait se laisser une trace dans le cerveau. J&rsquo;\u00e9tais l\u00e9g\u00e8rement plus haut \u00e0 observer mon pote et puis j&rsquo;ai fix\u00e9 aussi la cascade mais pour la trace, je m&rsquo;en foutais. Le sol \u00e9tait gorg\u00e9 d&rsquo;eau. Mes pieds tremp\u00e9s nageaient dans mes baskets blanches. On a mont\u00e9 plusieurs escaliers pour arriver \u00e0 la deuxi\u00e8me cascade, plus \u00e9troite. La pluie se faisait de plus en plus forte alors je me suis demand\u00e9 comment j&rsquo;allais faire pour sauver mon t\u00e9l\u00e9phone et mon appareil photo. Mon parapluie montrait ses limites. J&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 l&rsquo;Afrique pendant la saison des pluies, une p\u00e9riode que je n&rsquo;ai pas connue mais que j&rsquo;imagine ainsi. Les petits ravinements occasionn\u00e9s par les pr\u00e9cipitations de cet apr\u00e8s-midi doivent \u00eatre dix fois plus importants l\u00e0-bas. Ils emportent les routes et les murs des maisons. On a slalom\u00e9 entre les flaques mais nos chaussures ont pris le bouillon quand m\u00eame. Sous les arbres, les gouttes se faisaient plus grosses. On entendait \u00e7a au bruit qu&rsquo;elles faisaient en tombant sur nos parapluies. Une rinc\u00e9e incroyable. On croisait des promeneurs, des \u00e9ponges debout avec tout de m\u00eame le sourire. Des vieux, essentiellement, qui avaient quitt\u00e9 leur car surchauff\u00e9 pour voir les cascades \u00e0 tout prix. Marc leur adressait des bonjours francs. Quand \u00e0 moi, j&rsquo;\u00e9tais rentr\u00e9 en dedans, profond\u00e9ment, et ne disais pas grand chose. C&rsquo;\u00e9tait bizarre. D&rsquo;habitude la pluie me rassure. J&rsquo;aime la nature lorsqu&rsquo;elle reprend le dessus mais l\u00e0, il me pleuvait aussi dans l&rsquo;esprit, une pluie froide. On est redescendu apr\u00e8s avoir fait une courte pause sur un promontoire en m\u00e9tal donnant sur les chutes. La flotte tombait sans discontinuer. Je me suis dit que c&rsquo;\u00e9tait fini, que cette vie s&rsquo;arr\u00eatait l\u00e0, comme \u00e7a, dans ce d\u00e9luge. J&rsquo;\u00e9tais fatigu\u00e9 de lutter de toute fa\u00e7on. \u00c0 chacun de mes pas, mon pantalon tremp\u00e9 se plaquait contre mon mollet puis mon tibia. Tout \u00e9tait en moi \u00e0 l&rsquo;image de cette pluie presque tropicale, froide et sans concession. On a fini par rejoindre les b\u00e2timents touristiques, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du parking. Je me suis r\u00e9fugi\u00e9 sous le grand auvent de l&rsquo;un d&rsquo;eux. Un type m&rsquo;a regard\u00e9 avec insistance. Je l&rsquo;ai regard\u00e9 sans rien lui dire. La pluie faisait comme un mur devant le auvent. Un mur bruyant. Marc m&rsquo;a rejoint. Je n&rsquo;arrivais pas \u00e0 me sortir de moi. J&rsquo;ai march\u00e9 m\u00e9caniquement jusqu&rsquo;\u00e0 la voiture, \u00e9vitant les flaques profondes, les pierres saillantes susceptibles de me faire perdre l&rsquo;\u00e9quilibre. Un \u00e9quilibre d&rsquo;ailleurs perdu depuis longtemps, des mois, des ann\u00e9es peut-\u00eatre, dedans, profond\u00e9ment, je ne sais plus. C&rsquo;est dans le ventre, toujours. La pluie n&rsquo;y est pour rien. C&rsquo;est comme une mac\u00e9ration avec quelque chose de pourri, un morceau de viande immangeable, qui ne se dig\u00e8re pas et qui restera l\u00e0, toujours. On s&rsquo;est engouffr\u00e9 dans la voiture. De la bu\u00e9e apparut sur toutes les vitres. J&rsquo;ai d\u00e9marr\u00e9 et mis le chauffage \u00e0 fond. J&rsquo;ai roul\u00e9 dans les flaques immenses du parking. On a rejoint la route. Musique. Je ne savais pas ce que cette pluie m&rsquo;avait fait. Rien probablement. J&rsquo;\u00e9tais trop dedans, \u00e0 l&rsquo;abri du monde, en moi, en danger, ind\u00e9niablement.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"640\" src=\"https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/odeur-pluie-orages-petrichor-question-pas-si-bete-960x640-1.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-463\" srcset=\"https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/odeur-pluie-orages-petrichor-question-pas-si-bete-960x640-1.jpeg 960w, https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/odeur-pluie-orages-petrichor-question-pas-si-bete-960x640-1-300x200.jpeg 300w, https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/odeur-pluie-orages-petrichor-question-pas-si-bete-960x640-1-768x512.jpeg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><\/figure>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pluie a commenc\u00e9 \u00e0 tomber d\u00e8s qu&rsquo;on est sorti de la voiture. Une pluie soutenue et dense. Elle nous a rinc\u00e9 une heure durant. On ne savait plus quoi en faire de cette eau qui nous d\u00e9gringolait sur le parapluie, les jambes et les godasses. La premi\u00e8re cascade \u00e9tait impressionnante, un \u00e9ventail de blancheur [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":465,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10],"tags":[],"class_list":["post-461","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-textes-courts"],"blocksy_meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/461","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=461"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/461\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":541,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/461\/revisions\/541"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/465"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=461"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=461"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=461"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}