{"id":48,"date":"2026-02-13T20:42:04","date_gmt":"2026-02-13T19:42:04","guid":{"rendered":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/?p=48"},"modified":"2026-02-19T07:01:49","modified_gmt":"2026-02-19T06:01:49","slug":"memoires-polaroides-maladie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/2026\/02\/13\/memoires-polaroides-maladie\/","title":{"rendered":"Maladie &#8211; partie 4"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Peur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ma maladie fait peur, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un dysfonctionnement de l&rsquo;esprit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Moi-m\u00eame, je ne suis pas rassur\u00e9 au contact d&rsquo;autres personnes souffrant de troubles psychiatriques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">D&rsquo;ailleurs, je ne suis pas tranquille en ma propre pr\u00e9sence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Et puis je ne suis pas un bon exemple car j&rsquo;ai peur de tout, pas seulement des malades mentaux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">D\u00e8s que le ton monte, mon angoisse suit aussit\u00f4t.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je tremble sans cesse puisque le danger est partout.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ma maladie fait peur,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Surtout \u00e0 celui qui en est atteint.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Crise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me suis mordu. Si j\u2019avais eu des dents de chien, j\u2019aurais touch\u00e9 l\u2019os. Je suis bon pour des bleus au bras, demain. Je mords toujours le droit. Peut-\u00eatre parce que je suis droitier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019avais envie de tout casser, de tout balancer dans l\u2019espace. Vers les murs. Vers les vitres.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mon sang bouillait, r\u00e9clamant plus d\u2019espace au r\u00e9seau exigu de mes veines.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019ai balanc\u00e9 un coup de poing violent sur mon bureau. Puis je me suis mordu \u00e0 nouveau, plus fort. Je ne sais pourquoi mais j\u2019aurais voulu m\u2019arracher des lambeaux de chair.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me suis mis des claques jusqu\u2019\u00e0 ce que les joues me br\u00fblent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Finalement, j&rsquo;ai aval\u00e9 un s\u00e9datif. Lui seul pouvait ramener le calme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Me voil\u00e0 d\u00e9tendu. Il a tu\u00e9 la haine et me caresse les muscles avec la douceur d\u2019une femme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je suis presque content d\u2019\u00eatre de retour dans mon petit confort, celui de mon enfermement, de ma peur du dehors, de ma solitude.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019allume une roul\u00e9e dont la nicotine m\u2019emporte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Pourquoi est-ce que ce qui nous tue nous soulage le mieux&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Hypocondrie<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;examine m\u00e9ticuleusement ma peau, et lorsque quelque chose me para\u00eet louche, mes doigts prennent le relais, caressent et jaugent le creux ou la sur \u00e9paisseur, la rugosit\u00e9 de l&rsquo;intrus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je redoute une t\u00e2che rouge ou blanche, n&rsquo;osant imaginer du gris ou du violet.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Puis il y a les organes dont la moindre douleur qui dure g\u00e9n\u00e8re de puissantes angoisses. Le c\u0153ur, le foie, les reins sont autant de cancers potentiels.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Enfin, il y a l&rsquo;\u00e2ge, les pr\u00e9mices de la vieillesse, la d\u00e9gradation du corps qui commence et que je dois admettre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">L&rsquo;hypocondrie, reine des maladies, se nourrit de tout changement physique. Elle veut la guerre et se saisit du moindre pr\u00e9texte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me bats en essayant de nier ma chair et ses petites souffrances alarmistes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Lorsque l&rsquo;on a peur de la maladie, on n&rsquo;ose m\u00eame plus avoir mal.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>M\u00e9dicaments<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">La pipette plonge dans le flacon de cyam\u00e9mazine. Elle se remplit d&rsquo;un \u00e9pais liquide jaun\u00e2tre. Un verre d&rsquo;eau est pr\u00eat. J&rsquo;y laisse tomber un nombre pr\u00e9cis de gouttes et je remue. J&rsquo;extirpe ensuite les gros comprim\u00e9s de carbonate de Lithium de leur logement, puis c&rsquo;est au tour des deux petites pilules d&rsquo;aripiprazole et de Mirtazapine de sortir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;avale le tout, le solide avec le liquide.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il ne me faut que deux minutes pour faire tout \u00e7a mais je d\u00e9teste ce moment-l\u00e0.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C&rsquo;est une entrave \u00e0 ma libert\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Un renoncement,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Une mani\u00e8re de dire \u00e0 mon mal qu&rsquo;il existe.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Une demie heure apr\u00e8s, la mol\u00e9cule de cyam\u00e9mazine a investi mon cerveau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me d\u00e9tends.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Et tant pis pour la libert\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Vibrations<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">La plupart du temps, mes doigts oscillent aussi vite qu&rsquo;un passereau bat des ailes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ils t\u00e9moignent de mon trouble, de mon cerveau d\u00e9faillant, en faisant dans les verres des vagues terribles et avec un papier un grondement de tonnerre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Quand ma peur s&rsquo;en va,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Que mon cerveau est mieux r\u00e9gl\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mes doigts cessent de trembler.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Alors je vois dormir paisiblement,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C\u00f4te \u00e0 c\u00f4te comme il se doit,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Dix petits judas sans remords.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Le devin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Un m\u00e9decin m&rsquo;a dit un jour que je ne serai jamais heureux, que j&rsquo;aurai au mieux quelques petits plaisirs entre chaque passage \u00e0 vide.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;aurais voulu lui sauter \u00e0 la gorge, lui hurler aux oreilles que personne n&rsquo;avait \u00e0 me dire comment j&rsquo;allais vivre ni avec quelle intensit\u00e9, et qu&rsquo;il n&rsquo;avait aucune id\u00e9e de la force et de l&rsquo;espoir dont j&rsquo;\u00e9tais porteur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Comment pouvais-je faire comprendre \u00e0 ce technocrate de l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;o\u00f9 j&rsquo;\u00e9tais revenu?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Vingt ann\u00e9es ont pass\u00e9 et je n&rsquo;ai jamais connu le bonheur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Quelques plaisirs fugaces, tout au plus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ce type avait raison.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mais je ne suis pas encore mort.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La f\u00eate<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Les gens se d\u00e9tendent autour de moi, inspir\u00e9s par un reggae de Marley.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ils rient, s&#8217;embrassent, se collent tant qu&rsquo;ils peuvent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On me jette des regards bienveillants, peut \u00eatre, mais je ne les vois pas ainsi. J&rsquo;essaye de me dire que personne n&rsquo;est contre moi, en vain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;absorbe le rythme. Il me berce, me console un peu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le dessin de la moquette balade quelques minutes mon imagination qui finit par se perdre dans les reflets color\u00e9s glissant sur les verres align\u00e9s derri\u00e8re le bar.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Les lumi\u00e8res et les gens se mettent \u00e0 danser.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mes mains sont tour \u00e0 tour vertes, bleues, jaunes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;ose \u00e0 peine regarder ma montre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je tente un sourire, grimace que je remballe imm\u00e9diatement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il y a du ciment dans mon estomac.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;arrache mes cent kilos de la banquette et je m&rsquo;en vais.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Dehors, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;\u00e9toiles. L&rsquo;air glac\u00e9 de l&rsquo;hiver me br\u00fble les poumons. Un nuage blanc sort de ma bouche entrouverte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">M\u00eame m&rsquo;amuser, je n&rsquo;y arrive pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Alcool<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ce soir, je danse n&rsquo;importe comment, un pied devant, un pas de c\u00f4t\u00e9, la t\u00eate pench\u00e9e en arri\u00e8re et les yeux ferm\u00e9s. La musique \u00e9gr\u00e8ne ses pulsations que je trahis avec des gestes sans rythme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me fous de moi, de toi, et m\u00eame de mon traitement qui se doit d&rsquo;\u00eatre s\u00e9rieux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me marre tellement que je fais fuir ton vieux chat \u00e0 moiti\u00e9 sourd. Je me plie en deux et expulse de mon ventre des ricanements diaboliques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Puis \u00e7a retombe un peu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Tu me rappelles \u00e0 l&rsquo;ordre et confisque la bouteille de vin qui se balance au bout de mes doigts.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Tu m&rsquo;allonges sur ton canap\u00e9, retires mes chaussures et ne m&#8217;embrasse pas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ce soir, j&rsquo;ai bu plus que de raison, moins que de d\u00e9raison.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;ai bu ce qu&rsquo;il fallait pour prendre cong\u00e9 de moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Caf\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mon appart a vue sur la mer, d\u2019un seul coup.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mon vieux tapis s\u2019ensable et mon canap\u00e9 se prend pour un transat.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Au balcon, les pigeons se sont d\u00e9guis\u00e9s en perroquets, drag queens des cara\u00efbes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">La radio passe une bossa dont la pulsion moelleuse me caresse les tympans.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je ferme les yeux de plaisir et apparaissent les courbes tortionnaires de jeunes corps en maillots de bain discrets.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019entends le bruit d\u2019une vague qui n\u2019en finit pas de mourir en poussant vers mes narines une odeur de caf\u00e9 que l\u2019on br\u00fble.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;ouvre les yeux, je me l\u00e8ve et cours \u00e0 la cuisine.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le pr\u00e9cieux liquide noir\u00e2tre bouillonne dans la casserole et me nargue.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Mon cin\u00e9ma<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me repasse les films que j&rsquo;aime comme autant de r\u00eaves que je veux faire \u00e0 nouveau.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Combien de fois la vid\u00e9o m&rsquo;a-t-elle sauv\u00e9 de la solitude et de la d\u00e9prime?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je fuis les salles obscures, la foule et l&rsquo;enfermement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je n&rsquo;aime ni la promiscuit\u00e9, ni partager mes \u00e9motions avec des inconnus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je d\u00e9teste le bruit que fait le mangeur de sucre quand on filme le silence, les retards en ombres chinoises et les bavards qui trompent l&rsquo;ennui quand je m&rsquo;\u00e9merveille.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Alors reste ma t\u00e9l\u00e9 qui me prend le temps d&rsquo;une s\u00e9ance et me rend, jamais tout \u00e0 fait le m\u00eame,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u00c0 ce meuble essentiel pour l&rsquo;oubli du corps,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mon canap\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Ma ville<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Gen\u00e8ve pisse en l&rsquo;air son lac et asperge quelques japonaises hilares. Elle aligne ses fa\u00e7ades bourgeoises de l&rsquo;\u00eele Rousseau jusqu&rsquo;au quartier des Eaux-Vives. Derri\u00e8re elles, se cachent des coffres remplis d&rsquo;Afrique et d&rsquo;ailleurs, de sang vers\u00e9 et de sueur vol\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Qu&rsquo;importe. L&rsquo;\u00e9t\u00e9, la ville \u00e9tale ses terrasses, allume ses vitrines et crache son feu d&rsquo;artifice dans le ciel et sur la peau du L\u00e9man.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je d\u00e9ambule dans les rues et fais le plein de visages color\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">La terre enti\u00e8re s&rsquo;est donn\u00e9e rendez-vous ici.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je ne me lasse pas de ce tableau,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">M\u00eame s&rsquo;il est hors de prix.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La biche<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Une barre d&rsquo;immeubles masque le Sal\u00e8ve qui derri\u00e8re se prend pour une montagne.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Un tram file sur Gen\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Quelques filles en tenue l\u00e9g\u00e8re misent sur les premi\u00e8res ti\u00e9deurs de mars. Elles traversent en riant la place presque d\u00e9serte.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Tout ce que je peux, c&rsquo;est une table de bistrot, un caf\u00e9 et les pages d&rsquo;un carnet qui se complaisent dans le blanc.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je ne veux plus de cette vie mais elle veut de moi avec acharnement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je r\u00eave d&rsquo;un ailleurs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ma fragilit\u00e9 m&#8217;emp\u00eache de me sauver bien loin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mon cr\u00e2ne est une prison qui me promet perp\u00e9tuit\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il faut se r\u00e9signer, arr\u00eater de se d\u00e9battre, accepter l&rsquo;impuissance.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Alors l&rsquo;amour viendra peut-\u00eatre, comme une biche dans la clairi\u00e8re apr\u00e8s la battue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Longtemps apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>La mort du p\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;\u00e9tais \u00e0 Gen\u00e8ve et lui dans le P\u00e9rigord.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Trois jours pass\u00e8rent sans nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Trois jours de doute, d&rsquo;angoisse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Et puis j&rsquo;ai senti que c&rsquo;\u00e9tait perdu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C&rsquo;\u00e9tait dans l&rsquo;air,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Une odeur de poudre qui ne voulait pas s&rsquo;en aller.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;ai t\u00e9l\u00e9phon\u00e9 \u00e0 son voisin qui une fois l\u00e0-bas m&rsquo;a rappel\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u2013&nbsp;Je suis devant la porte, en bas. Elle est grande ouverte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mon c\u0153ur s&rsquo;est serr\u00e9, comme dans un \u00e9norme poing.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il est mont\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage. J&rsquo;entendais le bruit des marches. Sa voix a repris.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u2013&nbsp;Il est assis sur une chaise, dans sa chambre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C&rsquo;\u00e9tait de l&rsquo;acide qui me parcourait les veines. Je voulais hurler : \u00ab&nbsp;Ne le dis pas! Ne dis pas \u00e7a, non! Je sais que tu vas le dire&#8230;&nbsp;\u00bb Et il l&rsquo;a dit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u2013&nbsp;Il est froid.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me suis \u00e9croul\u00e9 contre une porte en geignant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Foudroy\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je n&rsquo;ai jamais eu aussi mal.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le lendemain, je descendais en voiture dans le P\u00e9rigord avec ma m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Un P\u00e9rigord noir,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Comme jamais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Elle<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Elle est l\u00e0, dans l&rsquo;ombre, humant l&rsquo;air comme une chienne aux aguets, \u00e0 tenter de savoir si c&rsquo;est vraiment le moment.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;ose \u00e0 peine respirer, \u00e0 peine vivre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je ne veux pas la tenter.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Elle sait la douleur et l&rsquo;ennui et nous en arrachera.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Elle a tous les droits, dont celui de ne pas venir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me suis d\u00e9j\u00e0 coll\u00e9 contre son flanc froid, \u00e0 pouvoir lui compter les cotes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je connais le soulagement de lui \u00e9chapper comme celui de perdre la vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">La mort est le plus terrible des abandons,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mais aussi le plus doux,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le plus raisonnable.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>\u00c9ch\u00e9ance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Combien de temps me reste-t-il \u00e0 vivre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Tr\u00e8s peu peut-\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">M\u00eame s\u2019il ne me restait qu\u2019une semaine, je ne ferais rien de plus, rien de moins.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me contenterais du m\u00eame emmerdement, de la m\u00eame paresse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je sais qu\u2019il n\u2019y a pas plus vaste que l\u2019ennui.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">L\u2019humain passe son temps \u00e0 se dire que ce sera mieux demain, ailleurs, avec d\u2019autres humains.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Sa course effr\u00e9n\u00e9e g\u00e9n\u00e8re une brise risible compar\u00e9e \u00e0 la temp\u00eate qu\u2019est la contemplation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je soupire et bois la derni\u00e8re gorg\u00e9e de mon caf\u00e9 froid. Dehors, en haut, les nuages ne me disent rien qui vaille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il pleut depuis si longtemps\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Les vieux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C&rsquo;est un bar \u00e9clair\u00e9 par le jour et quelques n\u00e9ons, au milieu d&rsquo;un centre commercial, dans une banlieue de Gen\u00e8ve.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Un bar sans cachet, propre, fonctionnel.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je viens parfois me glisser parmi les vieux qui le fr\u00e9quentent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Pas un mot plus haut que l&rsquo;autre. De petits bavardages feutr\u00e9s sur la douleur du jour, les petits enfants trop vivants et cette \u00e9poque qui les a largu\u00e9s compl\u00e8tement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mes nerfs se ramollissent \u00e0 mesure que mes oreilles me rapportent toutes ces futilit\u00e9s, essentielles pour eux. Je me repose de la violence et de la vitesse du monde.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Lorsque j&rsquo;ai fait le plein de vide, je me l\u00e8ve d&rsquo;un coup et fonce vers la sortie, sans canne et sans arthrose,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Pour me remplir de tout ce qui vit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Monsieur Willow<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il avait les pattes d&rsquo;un animal plus grand,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le ventre rond comme une gamelle,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Et des oreilles larges et plates o\u00f9 l&rsquo;on pouvait \u00e9crire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C&rsquo;\u00e9tait un b\u00eate douce avec moi,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Et mon caract\u00e8re de chien,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mon soleil et mon ombre dix ans durant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le voil\u00e0 maintenant couch\u00e9 sur le flanc,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Dans un sac en plastique noir,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">A c\u00f4t\u00e9 de ce trou que l&rsquo;on creuse,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Michel et moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le sol est dur et nos mains fatiguent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On d\u00e9pose le corps au fond.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On remet la terre, l&rsquo;herbe et le lichen,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Que l&rsquo;on \u00e9crase sous nos pieds.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je retiens mes larmes qui coulent en dedans.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C&rsquo;\u00e9tait mon second chien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le dernier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Fant\u00f4me<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Seul au r\u00e9veil avec des r\u00eaves que je garde pour moi,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Seul au comptoir et c&rsquo;est tr\u00e8s bien comme \u00e7a,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Seul dans la rue, dans ma bagnole ou dans les bois,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Seul \u00e0 parler tout haut quand je suis en bas,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Seul devant celui qui ne comprend pas,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">devant celui qui ne veut pas,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">qui ne sait pas,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Seul dans le square quand les couples s&#8217;embrassent et me poignardent,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Seul avec ma t\u00e9l\u00e9 qui beugle et que j&rsquo;insulte,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Seul pour toujours m\u00eame pour le grand jour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Alors avant \u00e7a, cette vacherie, laisse-moi juste un instant,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je sais que tu ne veux pas,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mais un instant hors du temps,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Te serrer dans mes bras.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Psy<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Monsieur Wayne est toujours impeccable, avec costume et cravate.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">\u00ab&nbsp;Je suis chic!&nbsp;\u00bb, se vante-t-il.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il prend un caf\u00e9 fait par sa secr\u00e9taire. Pas moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il me demande si \u00e7a va. Moi, \u00e7a ne va pas. Je lui raconte des horreurs et il me dit que \u00e7a n&rsquo;est rien. Je lui dis ma douleur et il me parle politique. Quinze ans de rendez-vous, \u00e7a tisse des liens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il a peur de m&rsquo;ab\u00eemer, c&rsquo;est pourquoi il ne me fait que de tout petits r\u00e9glages, Monsieur Wayne. Moi, je r\u00eave d&rsquo;un grand chambardement, de larmes et d&rsquo;un nouveau d\u00e9part mais il me dit \u00e0 la fin de chaque s\u00e9ance : \u00ab&nbsp;et bien, c&rsquo;est pas si mal!&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Sa souris finit par glisser sur mon dossier, il clique, et sort de son imprimante une liste de mol\u00e9cules amies, toujours les m\u00eames. Puis il se l\u00e8ve et me demande : \u00ab&nbsp;Qu&rsquo;est-ce que je te souhaite?&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je lui r\u00e9ponds : \u00ab&nbsp;un amour, un livre, une gu\u00e9rison&#8230;&nbsp;\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On se regarde, il cligne de l&rsquo;\u0153il et je m&rsquo;en vais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je l&rsquo;aime beaucoup Monsieur Wayne. L&rsquo;air de rien, il m&rsquo;a sauv\u00e9 du naufrage.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Et puis \u00e7a me rassure d&rsquo;avoir quelqu&rsquo;un qui feint de ne pas s&rsquo;inqui\u00e9ter pas pour moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Le philosophe<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Marc est un grand type pli\u00e9 dans un fauteuil qui avale les livres comme autant de petits g\u00e2teaux. Il a d\u00e9j\u00e0 mang\u00e9 une biblioth\u00e8que. Modeste, il ne se laisse aller qu&rsquo;\u00e0 quelques aphorismes, \u00e0 l&rsquo;occasion.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Debout sur son m\u00e8tre quatre-vingt, il peint d&rsquo;\u00e9tranges toiles qu&rsquo;il peine \u00e0 montrer. Un artiste.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je peux lui raconter mes hontes, coll\u00e9es au fond de mon \u00e2me, sans le choquer, je crois. Il garde les siennes, par pudeur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Dans ma vieille Ford, j&rsquo;ai du faire avec lui le tour de la terre. On a m\u00eame pouss\u00e9 jusqu&rsquo;en Italie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Et pendant tout ce temps pass\u00e9 ensemble, on parlait \u00e0 s&rsquo;en faire gonfler la langue, tremp\u00e9e toujours, pour la soigner, dans de l&rsquo;alcool ou du caf\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On a parl\u00e9 pour d\u00e9faire le monde et faire le notre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On parle encore, avec nos quarante ans et quelques r\u00eaves us\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il y a eu des orages. Deux, trois peut-\u00eatre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">De ceux qui rincent la poussi\u00e8re des longues amiti\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Ma m\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Que restera-il apr\u00e8s ma m\u00e8re?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Un oc\u00e9an sans \u00eeles et moi flottant au milieu, perdu.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me souviendrai de nos longues marches bavardes, de nos repas copieux, quand nous nous r\u00e9jouissions de n&rsquo;\u00eatre que tous les deux.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;entendrai son rire comme une avalanche que j&rsquo;aimais d\u00e9clencher.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me souviendrai des \u00e9loignements, des incompr\u00e9hensions, quand personne ne se voulait responsable des silences.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je me souviendrai de sa pr\u00e9sence pendant le pire et avant un meilleur qui ne voulait pas venir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je lui en ai voulu longtemps d&rsquo;\u00eatre forte,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">De ne rien laisser passer,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Et enfant, de ne pas m&rsquo;avoir assez serr\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je lutte aujourd&rsquo;hui contre moi,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Et je suis si fort,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Que je serais mort,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Sans les armes qu&rsquo;elle m&rsquo;a forg\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Que restera-t-il apr\u00e8s ma m\u00e8re?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Sa voix en moi, me guidant \u00e0 travers la nuit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>CERN<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Pour moi, c&rsquo;est un endroit familier et \u00e9trange \u00e0 la fois.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Enfant, je voyais mes parents y aller comme \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole buissonni\u00e8re, avec l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 et passion, sans avoir vraiment conscience qu&rsquo;il s&rsquo;agissait de leur travail.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">En surface, il y a des vieux b\u00e2timents cubiques et des rues portant des noms de savants. Sous la terre, d&rsquo;immenses machines pulv\u00e9risent les quarks r\u00e9calcitrants.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le CERN est peupl\u00e9 de cerveaux habill\u00e9s bizarrement qui pourraient presque aller nus tellement ils sont absorb\u00e9s \u00e0 trouver comment ils vont casser l&rsquo;infiniment petit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je m&rsquo;y prom\u00e8ne en ayant aucune utilit\u00e9 pr\u00e9cise. Je respire l&rsquo;air nucl\u00e9aire comme celui de la campagne. Parmi tous ces g\u00e9nies attir\u00e9s par le trou noir qu&rsquo;est le progr\u00e8s, je me sens presque un homme normal. Le froid, le chaud, le dur et le mou, voil\u00e0 comment se r\u00e9sume pour moi le monde physique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">On trouvera peut-\u00eatre ici comment me soigner gr\u00e2ce aux applications de la recherche fondamentale. Mon cerveau passera dans une machine et enfin je n&rsquo;aurai plus d&rsquo;angoisses, plus d&rsquo;id\u00e9es farfelues. J&rsquo;irai travailler, s&rsquo;il reste quelque chose \u00e0 faire, et partirai en vacances au soleil, moi qui n&rsquo;aime pas \u00e7a. Je serai un homme ordinaire avec des peurs justifi\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Si l&rsquo;on me soigne vraiment, je n&rsquo;\u00e9crirai plus du tout.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">A peine dans les grilles des mots crois\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Chez Alriq<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">A Bordeaux, je ne pensais encore qu&rsquo;aux femmes, ou presque. Il y en avait partout, dans la rue, dans les caf\u00e9s, \u00e0 la fac, sur des v\u00e9los, dans mon appartement parfois, dans mon lit jamais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Puis il y eut cette serveuse dans une guinguette au bord de la Garonne, prisonni\u00e8re d&rsquo;une robe noire moulante.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Elle s&rsquo;est approch\u00e9e de moi en balan\u00e7ant des hanches. J&rsquo;ai bien failli me sentir mal avant de me sentir bien. Je l&rsquo;ai emmen\u00e9e dans mon cloaque comme un butin pour la cacher sous mes draps.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Elle \u00e9tait hyst\u00e9rique, ne r\u00eavait que d&rsquo;Espagne et de flamenco qu&rsquo;elle dansait tr\u00e8s bien.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Quant \u00e0 moi, je flirtais avec la folie depuis des semaines.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Alors je l&rsquo;ai ramen\u00e9e \u00e0 sa guinguette et \u00e0 sa Garonne. \u00c0 son p\u00e8re, Alriq.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C&rsquo;\u00e9tait trop beau, trop libre, trop d\u00e9jant\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">C&rsquo;\u00e9tait comme il fallait puisque ce fut mon plus bel amour.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Hommes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Les filles, les femmes,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">M\u2019ont gliss\u00e9 entre les bras,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Toujours.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019ai couru, march\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je suis rest\u00e9 immobile, sans \u00eatre jamais \u00e0 la bonne hauteur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je n\u2019ai maintenant pour elles qu\u2019une tendresse, une chaleur, un sentiment amoureux diffus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mon sexe a fait demi-tour,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Vers ce qu\u2019il aime et reconna\u00eet \u00e0 pr\u00e9sent,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Son reflet imparfait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Mon Dieu<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019ai peut-\u00eatre tout invent\u00e9, les gens, les choses, les \u00e9nergies. Alors je serais le ma\u00eetre de tout \u00e7a&nbsp;? Victime de moi-m\u00eame&nbsp;? Ce que je suis serait ce que j\u2019ai voulu&nbsp;? \u00c9trange. Dans le fond, c\u2019est plut\u00f4t inqui\u00e9tant parce que je n\u2019ai jamais vraiment su ce que je voulais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il n\u2019y a pas de pire ennemi que soi-m\u00eame.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Froid<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Cette vie est un hiver sans fin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je n&rsquo;en peux plus de ce froid polaire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Qu&rsquo;il m&#8217;emporte \u00e0 jamais!<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je rince mes engelures avec mes larmes \u00e0 peine ti\u00e8des en esp\u00e9rant malgr\u00e9 tout un soleil fabuleux, un soleil africain, comme avant mes vingt ans, avant ma f\u00ealure.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je sais bien que je mourrai gel\u00e9, les poings serr\u00e9s,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mais j&rsquo;aurai dans le ventre de l&rsquo;herbe tendre,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Et quelques fleurs de mai,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Cach\u00e9es.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-large-font-size\"><strong>Patience<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;attends l&rsquo;amiti\u00e9 comme \u00e0 vingt ans, \u00e0 la vie, \u00e0 la mort,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">mon tour chez le m\u00e9decin, avant la tumeur et les rayons,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">le soleil qui tarde \u00e0 se lever apr\u00e8s une nuit les yeux ouverts,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">le sucre du caf\u00e9 que le serveur a oubli\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">que s\u00e8che le linge car je n&rsquo;ai plus de slip,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mais j&rsquo;attends surtout l&rsquo;amour,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Comme un gosse attend le p\u00e8re No\u00ebl.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peur Ma maladie fait peur, puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un dysfonctionnement de l&rsquo;esprit.&nbsp; Moi-m\u00eame, je ne suis pas rassur\u00e9 au contact d&rsquo;autres personnes souffrant de troubles psychiatriques.&nbsp; D&rsquo;ailleurs, je ne suis pas tranquille en ma propre pr\u00e9sence.&nbsp; Et puis je ne suis pas un bon exemple car j&rsquo;ai peur de tout, pas seulement des malades mentaux.&nbsp; D\u00e8s [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-48","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-memoires-polaroides"],"blocksy_meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=48"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":291,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/48\/revisions\/291"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=48"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=48"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=48"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}