{"id":68,"date":"2026-02-13T21:09:02","date_gmt":"2026-02-13T20:09:02","guid":{"rendered":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/?p=68"},"modified":"2026-02-17T15:11:56","modified_gmt":"2026-02-17T14:11:56","slug":"dernieres-pulsations-avant-electrocardiogramme-plat-partie-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/2026\/02\/13\/dernieres-pulsations-avant-electrocardiogramme-plat-partie-3\/","title":{"rendered":"Partie 3"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"546\" src=\"https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_0189-1024x546.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-63\" srcset=\"https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_0189-1024x546.jpg 1024w, https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_0189-300x160.jpg 300w, https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_0189-768x410.jpg 768w, https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_0189-1536x819.jpg 1536w, https:\/\/letempsdeprose.fr\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/IMG_0189-2048x1092.jpg 2048w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-xx-large-font-size\">La terrasse du golf<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Calme plat<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><a><\/a><a><\/a>Mon verre est suffisamment loin du bord de la table. Il ne tombera pas.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le parasol au dessus de ma t\u00eate emp\u00eache que les moineaux ne chient sur mes affaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;ai largement de quoi payer ma consommation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ma voiture a le plein de sans plomb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mon baladeur dispose encore de quelques heures d&rsquo;autonomie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je n&rsquo;ai aucune maladie d\u00e9clar\u00e9e \u00e0 part ma bipolarit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mes papiers sont en r\u00e8gle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je n&rsquo;ai pas de dette et j&rsquo;ai m\u00eame de l&rsquo;argent de c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je fais tout pour qu&rsquo;il ne m&rsquo;arrive rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Et il ne m&rsquo;arrive rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Vraiment rien.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Un loisir de riches<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><a><\/a><a><\/a>Les branches des platanes remuent doucement au passage d&rsquo;un vent frais et l\u00e9ger. Sur la terrasse, les serveurs zigzaguent entre les tables que des moineaux press\u00e9s d\u00e9barrassent des quelques miettes abandonn\u00e9es durant le service de ce midi. Des clients \u00e2g\u00e9s sont encore attabl\u00e9s et parlent un fran\u00e7ais calibr\u00e9 sans \u00ab&nbsp;merde&nbsp;\u00bb ni \u00ab&nbsp;putain&nbsp;\u00bb mais avec des \u00ab\u00a0vous\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb en grande quantit\u00e9. Ces octog\u00e9naires ne jouent plus au golf, m\u00eame si ce sport de fumeurs et de buveurs ais\u00e9s ne n\u00e9cessite pas beaucoup de vitalit\u00e9 physique. Ils mangent, trinquent et se r\u00e9pandent en banalit\u00e9s mondaines entre chaque bouch\u00e9e. A c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;eux, \u00e0 une autre table, des golfeurs affal\u00e9s sur leur si\u00e8ge vident leur bi\u00e8re en quelques gorg\u00e9es et d\u00e9vorent des biscuits d&rsquo;ap\u00e9ritif comme s&rsquo;ils ne voulaient rien laisser aux oiseaux. Ils paraissent ext\u00e9nu\u00e9s. N&rsquo;ayant jamais jou\u00e9 au golf, il est possible que je ne me rende pas compte de l&rsquo;effort qu&rsquo;il faut fournir pour la pratique de ce loisir. J&rsquo;imagine que cela doit se situer entre la chaise longue et la balan\u00e7oire, avec peut-\u00eatre une petite acc\u00e9l\u00e9ration du rythme cardiaque lorsque la balle tombe dans le trou. N&#8217;emp\u00eache qu&rsquo;\u00e0 la fin d&rsquo;une partie, ils ont l&rsquo;air d&rsquo;avoir gravi l&rsquo;Everest. Ridicule. Je serais pr\u00eat \u00e0 trouver des qualit\u00e9s \u00e0 ce passe-temps si seulement ses adeptes ne traitaient pas le personnel comme des domestiques.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je viens ici pour le cadre et le calme et non pour le fond et la forme des discussions qu&rsquo;il m&rsquo;arrive d&rsquo;entendre. Ces derni\u00e8res ont toujours un volume sonore raisonnable me permettant de jouir pleinement de mes acouph\u00e8nes et des bruits de la nature.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Une femme s&rsquo;est install\u00e9e sur une chaise \u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de la terrasse et fixe le lointain. Peut-\u00eatre est-elle ici pour la m\u00eame raison que moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">La recherche d&rsquo;une paix relative.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Le chat<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Les platanes effectuent un lent striptease en laissant tomber leurs feuilles une \u00e0 une. Dans quelques semaines, ils auront compl\u00e8tement d\u00e9couvert leurs branches tortur\u00e9es termin\u00e9es par de disgracieux moignons.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">M\u00eame si les journ\u00e9es sont encore belles, la temp\u00e9rature est descendue. L&rsquo;\u00e9t\u00e9 s&rsquo;\u00e9loigne. Je pense \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 je ne savais m\u00eame pas que j&rsquo;\u00e9tais heureux, il y a si longtemps&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Un greffier se balade nonchalamment sur les dalles de la terrasse du golf et ne pr\u00eate pas attention aux deux vieilles qui le complimentent sur sa fourrure \u00e9paisse. J&rsquo;ai envie de lui botter le train pour lui apprendre \u00e0 \u00eatre aussi d\u00e9contract\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;ouvre ma bo\u00eete de s\u00e9datifs. Il ne me reste qu&rsquo;un quart de cette essentielle saloperie. Je l&rsquo;avale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le jour et la nuit commence \u00e0 se m\u00e9langer dans un ciel sans \u00e2me, terne, o\u00f9 plus un oiseau ne s&rsquo;aventure.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Quelques bourgeoises fument des blondes devant une coupe de champagne et rousp\u00e8tent apr\u00e8s le serveur qui tarde \u00e0 leur apporter un cendrier. L&rsquo;une d&rsquo;elle raconte qu&rsquo;elle ne dort plus sans somnif\u00e8re et qu&rsquo;elle se r\u00e9veille m\u00eame la nuit pour en reprendre. Elle parle de \u00e7a avec un certain d\u00e9tachement, comme si elle avait juste perdu ses gants. Les gens avec de l&rsquo;argent semblent devoir faire bonne figure entre eux. La r\u00e8gle est de para\u00eetre jeune et heureux sans qu&rsquo;aucun malaise ne transpire. Cette attitude est tellement exag\u00e9r\u00e9e qu&rsquo;elle en devient ridicule et burlesque. On s\u2019effondre dans le cabinet feutr\u00e9 de son psy mais pas sur la terrasse du golf ou pendant un repas organis\u00e9 par le Rotary. Quelque part, cette mascarade me fait du bien. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une sorte de th\u00e9\u00e2tre Cou\u00e9 o\u00f9 le mot \u00ab&nbsp;super&nbsp;\u00bb ponctue les conversations presque jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9c\u0153urement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le froid s&rsquo;installe et mon blouson en cuir ne parvient pas \u00e0 me r\u00e9chauffer.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le chat se frotte contre moi. Je ne sais pas ce qu&rsquo;il me trouve. Il fait trembler sa queue et se casse avec la m\u00eame mollesse qu&rsquo;un br\u00e9silien marchant dans le sable d&rsquo;une plage de Rio. Il p\u00e9n\u00e8tre dans le restaurant. \u00c7a doit \u00eatre l&rsquo;heure de sa gamelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je connaissais une femme qui \u00e9tait fan de bestioles \u00e0 poils et qui s&rsquo;apitoyait toujours sur leur sort. Elle ne cessait de r\u00e9p\u00e9ter&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pauv&rsquo; b\u00eate&nbsp;!&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Ce soir, j&rsquo;aimerais \u00eatre ce chat paisible,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Cette pauv&rsquo; b\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Soleil<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Devant le restaurant, sur la terrasse, les serveurs maigres, indiens le plus souvent, remettent en place les chaises vieillissantes en plastique tress\u00e9 et les tables de bistrot bancales.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Les quatre platanes align\u00e9s soutiennent avec la force inappropri\u00e9e de leurs grosses branches noueuses quelques rameaux \u00e9pars. Ces derniers, telles de petites antennes, semblent vouloir capter les vibrations d&rsquo;un printemps naissant.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Les premi\u00e8res lumi\u00e8res vives font sortir les humains rest\u00e9s enferm\u00e9s tout l&rsquo;hiver dans des pi\u00e8ces sombres. Devant ce bleu nouveau qui colore le ciel, ils abandonnent leurs tensions ainsi que l&rsquo;amertume de leur longue solitude. Dans des positions \u00e9tudi\u00e9es, ils absorbent la chaleur naissante tels des l\u00e9zards exp\u00e9riment\u00e9s. Je les imite parfois, surtout en avril et mai, lorsque le soleil se r\u00e9veille doucement, sans nuire \u00e0 ma peau d&rsquo;anglais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">L&rsquo;\u00e9t\u00e9, je marche dans l&rsquo;ombre et cherche la fra\u00eecheur. Il faut dire que je vis la plupart du temps comme ces bestioles bizarres, blanches comme des navets, qui nagent p\u00e9niblement au fond des eaux froides et noires des grottes profondes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je suis heureux de retrouver cet endroit. Peut-\u00eatre qu&rsquo;ici, un jour, on refusera de me servir \u00e0 boire. Apr\u00e8s tout, je ne suis qu&rsquo;un intrus. Je n&rsquo;ai jamais tenu un fer, je tremble et d\u00e9teste marcher en plein cagniard.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je trouve les gens qui jouent au golf d\u00e9sagr\u00e9ables et hautains, mais ils ont l&rsquo;avantage d&rsquo;\u00eatre calmes. Quand la pr\u00e9tention est silencieuse, il suffit de ne pas la regarder pour l&rsquo;oublier. Il en va de m\u00eame pour la mis\u00e8re, malheureusement.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Lorsque j&rsquo;\u00e9tais intern\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital psychiatrique de Gen\u00e8ve, il y avait un parc magnifique autour des b\u00e2timents. Un peu \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart se trouvait un caf\u00e9 avec une terrasse o\u00f9 il r\u00e9gnait, malgr\u00e9 ma douleur, une paix \u00e9tonnante et curative. Je crois que je viens dans ce club de golf pour retrouver les conversations \u00e0 voix basse, le chant des oiseaux, les arbres et la verdure de ce caf\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Les plaisirs intenses du pass\u00e9 sont toujours associ\u00e9s \u00e0 des endroits particuliers. Des ann\u00e9es plus tard, on fr\u00e9quente obstin\u00e9ment d&rsquo;autres endroits qui leur ressemblent afin d&rsquo;exhumer nos joies mais on ne trouve jamais que des empruntes,<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Une nostalgie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>R\u00e9mission<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><a><\/a><a><\/a>Au milieu des golfeurs bien sap\u00e9s, je transpire dans un vieux K-Way, la gorge enroul\u00e9e dans une \u00e9charpe multicolore, une casquette viss\u00e9e sur la t\u00eate. Le peu de soleil qui filtre \u00e0 travers les nuages suffit \u00e0 me cuire. Je sors petit \u00e0 petit d&rsquo;une cr\u00e8ve printani\u00e8re. Il y a longtemps que je n&rsquo;avais pas \u00e9t\u00e9 malade physiquement. \u00c9trangement, c&rsquo;est depuis que mes maux de gorge ont commenc\u00e9 que l&rsquo;angoisse et la d\u00e9prime m&rsquo;ont l\u00e2ch\u00e9. Je me dis que c&rsquo;est peut-\u00eatre d\u00fb au parac\u00e9tamol ou aux pastilles contre la toux, ou alors \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat de ce poison de s\u00e9datif. \u00c7a fait une \u00e9ternit\u00e9 que je n&rsquo;avais pas connu une aussi longue p\u00e9riode de paix. Je me prends m\u00eame \u00e0 r\u00eaver d&rsquo;une gu\u00e9rison compl\u00e8te et d\u00e9finitive, d&rsquo;une seconde jeunesse. Des joies anciennes remontent \u00e0 la surface. Je ne me souvenais pas de ces sensations qui datent de mon adolescence, de mon voyage en Afrique. Les d\u00e9charges d&rsquo;endorphine engendr\u00e9e par ces exp\u00e9riences affectives retrouv\u00e9es, je pense, m&rsquo;\u00e9loignent de la maladie mentale, au m\u00eame titre que la tristesse m&rsquo;y enfonce. Je traverse un d\u00e9sert depuis plus de vingt ans et les oasis furent rares. Pour la premi\u00e8re fois, cet apr\u00e8s-midi, j&rsquo;entrevois la possibilit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9mission. C&rsquo;est sans aucun doute faire preuve d&rsquo;un grand manque de lucidit\u00e9 mais qu&rsquo;importe. La v\u00e9ritable folie n&rsquo;est-elle pas de se r\u00e9signer au malheur en an\u00e9antissant tout ce qui nous reste d&rsquo;utopie? Au fond de moi, je sais que je vais retomber dans des angoisses fortes, dans les noirceurs de la d\u00e9prime. Cette p\u00e9riode est une \u00e9clipse, un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Pourtant, sur cette terrasse, je suis bien et je n&rsquo;ai plus peur.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je vis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Vieillesse<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><a><\/a><a><\/a>La chaleur m&rsquo;enveloppe comme le ferait une serviette humide et chaude. La lumi\u00e8re est forte. M\u00eame l&rsquo;ombre se fait \u00e9blouissante. Sur les tables de la terrasse du golf subsistent les reliefs du repas de ce dimanche midi. Quelques clients s&rsquo;attardent. Il y a un couple de vieux qui n&rsquo;en finit pas de r\u00e2ler sur la pi\u00e8tre qualit\u00e9 du service. La femme carbure au ros\u00e9 et s&rsquo;endort de temps en temps, quelques secondes, entre deux critiques. C&rsquo;est peut-\u00eatre son vide qu&rsquo;elle remplit de vin. Lui, il semble se moquer de tout \u00e7a. Il proteste par solidarit\u00e9. C&rsquo;est un vieillard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Arriv\u00e9 \u00e0 un certain \u00e2ge, les gens attendent leur fin sans col\u00e8re, sans agacement, avec la patience de ceux qui savent qu&rsquo;ils auront bient\u00f4t satisfaction. Mon arri\u00e8re grand-p\u00e8re a rendu l&rsquo;\u00e2me \u00e0 presque cent ans. Il aurait pu partir comme le Papet dans&nbsp;<em>Manon des Sources<\/em>, allong\u00e9 sur le dos, habill\u00e9, coiff\u00e9, pr\u00eat \u00e0 \u00eatre mis en bo\u00eete. Il n&rsquo;est pas mort en costume mais il \u00e9tait tout de m\u00eame sur le d\u00e9part, satur\u00e9 de fatigue et de lassitude. Deux guerres et un si\u00e8cle d&rsquo;existence, \u00e7a vous vient \u00e0 bout de n&rsquo;importe quelle force de vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Quelques corbeaux croassent en contrebas, vers le green. Ce sont des oiseaux dont ils se passeraient bien ici, qui tranchent avec le c\u00f4t\u00e9 idyllique de l&rsquo;endroit. Des t\u00e2ches noirs sur un monochrome vert.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Le couple de vieux s&rsquo;en va. Monsieur marche difficilement alors madame, moins vieille, \u00e9carte les chaises sur son passage. Il reste du ros\u00e9 dans leurs verres. Il ne devait pas \u00eatre assez frais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je regarde ma montre machinalement. \u00c7a fait une \u00e9ternit\u00e9 que je suis l\u00e0, baignant dans un calme bourgeois, seulement perturb\u00e9 par le balai des serveurs maladroits. Je n&rsquo;attends rien si ce n&rsquo;est que dure ce moment. Je n&rsquo;ai \u00e0 supporter que des drames de gens bien nantis comme une part de tarte trop chaude, une table bancale ou une longueur entre un plat et un dessert. Je consid\u00e8re les petites r\u00e9voltes qui en d\u00e9coulent comme un divertissement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Les corbeaux s&rsquo;en sont all\u00e9s. Sur la terrasse presque d\u00e9serte, quelques conversations ronronnent doucement et semblent accentuer le calme. Je vais rentrer, retourner dans le bruit. Avec l&rsquo;\u00e2ge, je supporte de moins en moins l&rsquo;agitation des hommes. Ma vie n&rsquo;est peut-\u00eatre plus qu&rsquo;une convalescence fragile, la qu\u00eate d&rsquo;un silence d&rsquo;h\u00f4pital.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><strong>Urgence<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><a><\/a><a><\/a>Il y a un banquet sur la terrasse du restaurant. Des voix enchev\u00eatr\u00e9es se chamaillent dans mes oreilles. Je ne distingue que quelques pr\u00e9noms europ\u00e9ens ainsi que des chiffres abstraits qui s&rsquo;\u00e9chappent du bruit des tabl\u00e9es o\u00f9 des humains de la m\u00eame classe engloutissent d&rsquo;ind\u00e9cents menus.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je prends mon pouls et vois dans ses irr\u00e9gularit\u00e9s les signes avant-coureurs d&rsquo;une fin b\u00e2cl\u00e9e. Je sais que je peux partir comme \u00e7a, en noircissant une page de mon carnet \u00e0 spirale. Nous sommes \u00e0 la merci du corps. Il d\u00e9cidera de nous lorsqu&rsquo;il ne voudra plus. Un homme ou une femme s&rsquo;\u00e9croule quelque part \u00e0 chaque battement de mon c\u0153ur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Il est temps d&rsquo;aimer, de partager nos chaleurs, nos odeurs, nos salives et nos semences. Il est temps d&rsquo;arracher ces puantes carapaces de pudeur qui nous pr\u00e9parent au n\u00e9ant, de d\u00e9couvrir nos \u00e9corchures pour les offrir aux d\u00e9licates caresses de cet autre que l&rsquo;on pourrait d\u00e9vorer par amour. Je ne veux plus tenir au chaud dans mon ventre la solitude, ce serpent fascinant et venimeux, mortel. Je regarde ces gens assis qui se remplissent la panse et s&rsquo;imaginent avoir du savoir vivre. J&rsquo;aimerais ne jamais leur ressembler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Mais apr\u00e8s tout, je me fous de tout ce cirque.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Je veux juste ma part de soleil.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J&rsquo;en arracherai des morceaux br\u00fblants que j&#8217;emporterai dans mes bois sombres,&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Et je foutrai le feu \u00e0 ma m\u00e9lancolie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La terrasse du golf Calme plat Mon verre est suffisamment loin du bord de la table. Il ne tombera pas. Le parasol au dessus de ma t\u00eate emp\u00eache que les moineaux ne chient sur mes affaires.&nbsp; J&rsquo;ai largement de quoi payer ma consommation. Ma voiture a le plein de sans plomb. 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