{"id":918,"date":"2026-04-18T15:05:14","date_gmt":"2026-04-18T13:05:14","guid":{"rendered":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/?p=918"},"modified":"2026-04-27T08:27:36","modified_gmt":"2026-04-27T06:27:36","slug":"salome","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/letempsdeprose.fr\/index.php\/2026\/04\/18\/salome\/","title":{"rendered":"Salom\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<iframe loading=\"lazy\" width=\"560\" height=\"315\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/41IOkVjy3MM?si=uJr4Nyuxkc_UQkMq\" title=\"YouTube video player\" frameborder=\"0\" allow=\"accelerometer; autoplay; clipboard-write; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture; web-share\" referrerpolicy=\"strict-origin-when-cross-origin\" allowfullscreen><\/iframe>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Salom\u00e9 danse entre les lits, ouvre et ferme les tiroirs \u00e9nergiquement, manie les seringues comme personne,\u00a0a toujours un mot gentil, complice. Parfois, dans une phrase, un \u00ab\u00a0putain\u00a0\u00bb lui \u00e9chappe mais rarement une veine ne lui r\u00e9siste. Salom\u00e9 pique en experte. Cette jeune femme p\u00e9tillante, svelte, si agile et vive et moi avec mes presque 60 balais et ma carcasse alit\u00e9e de 87 kilos, sommes deux contraires absolus et pourtant, je crois que le courant passe entre nous. Salom\u00e9 est \u00e0 sa place dans ce centre de dialyse, comme un globule dans le sang. Elle aime son travail, ses patients et de ce fait, il \u00e9mane de sa personne un charme ind\u00e9niable. Salom\u00e9, c\u2019est la puissance de la jeunesse et je la per\u00e7ois si forte que je me nourris de ce qu\u2019elle d\u00e9gage. Elle m&rsquo;inspire et m&rsquo;aide \u00e0 ramasser mon \u00e9nergie au fond de moi, celle de mes 20 ans, lorsque je soulevais des montagnes pour r\u00e9sister \u00e0 la chimie qui d\u00e9j\u00e0 corrigeait mes d\u00e9sordres int\u00e9rieurs. Il ne faut jamais oublier qu\u2019on a eu 20 ans. M\u00eame si cette part de soi-m\u00eame est enfouie, il faut la r\u00e9veiller. Le corps fait mine de capituler, certes, mais l\u2019esprit peut encore. Ne regarde pas ta peau et ses ridules, ton cul qui s\u2019affaisse, tes cheveux qui se rar\u00e9fient et blanchissent, tes muscles qui fondent. Oublie tes douleurs au r\u00e9veil, m\u00eame si tu as l\u2019impression d\u2019avoir pass\u00e9 une nuit \u00e9prouvante en garde \u00e0 vue&#8230; Ta puissance est ailleurs, pleine et enti\u00e8re dans ton pass\u00e9 que tu penses moribond. La vie, jusqu\u2019\u00e0 la fin. Mange, bois, baise, aime, transpire, pleure, hurle, ris. Ne crois pas tout ce que tu penses, surtout lorsque ton esprit pose des limites. Il a un pouvoir bien sup\u00e9rieur \u00e0 ce qu\u2019il laisse entendre. Il est fain\u00e9ant, voil\u00e0 tout. Naturellement, l\u2019homme choisit toujours le chemin le plus facile, seulement ce dernier n\u2019est pas toujours le plus adapt\u00e9. Mon plus grand adversaire n\u2019est autre que moi-m\u00eame et ma propension \u00e0 croire que rien ne peut changer. L\u2019esprit est une p\u00e2te qu\u2019il convient de p\u00e9trir, de modeler afin de lui donner les moyens de s\u2019adapter aux courbes des \u00e9v\u00e9nements et permettre un \u00e9panouissement. Je n\u2019ai trouv\u00e9 que trois v\u00e9ritables raisons d\u2019exister : comprendre, aimer et jouir.\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Voil\u00e0 deux heures que je suis branch\u00e9 sur cette machine \u00e0 dialyser. Salom\u00e9 s\u2019agite dans le bocal des infirmi\u00e8res (\u00eelot central entour\u00e9 de vitres) tel un petit poisson, allant de droite \u00e0 gauche et de gauche \u00e0 droite par petits coups secs. Mon n\u00e9phrologue traverse la pi\u00e8ce et promet de venir me voir. Lui, ne s\u2019inqui\u00e8te jamais. Je crois que si je perdais un bras devant lui il le ramasserait et me le rendrait comme si j\u2019avais laiss\u00e9 tomber une pi\u00e8ce de monnaie par m\u00e9garde. Il faut des gens comme \u00e7a, qui divisent nos angoisses et les ram\u00e8nent \u00e0 des inqui\u00e9tudes l\u00e9gitimes. J\u2019entends Salom\u00e9 qui raconte des histoires horribles \u00e0 ses coll\u00e8gues, des histoires de patients qui ont d\u00e9compens\u00e9 suite \u00e0 une dialyse et qui ont trucid\u00e9 je ne sais qui. Rassurant. On m\u2019avait pr\u00e9venu de ce risque juste apr\u00e8s la greffe. La cortisone que je vais prendre pendant quatre mois va me fragiliser psychologiquement, rendre mon traitement contre la bipolarit\u00e9 moins efficace. Bref, je vais devoir \u00eatre plus vigilant. De l\u00e0 \u00e0 \u00eatre agressif envers mes semblables, je ne pense pas. Au plus fort de mes deux d\u00e9compensations (1989 et 1992), je n\u2019ai jamais lev\u00e9 la main sur quelqu&rsquo;un. Par contre, je l\u2019avoue, j\u2019ai cass\u00e9 du mat\u00e9riel, fait du petit bois avec les meubles et quelques puzzles avec des vases ou autres contenants\u2026 Rien d\u2019irrempla\u00e7able, en somme.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">J\u2019ai faim, soif et je veux du soleil. Il est temps que cette sixi\u00e8me s\u00e9ance se termine. Petite envie de pisser aussi, chose que bient\u00f4t je ne ferai plus. Si on m\u2019avait dit \u00e0 20 ans que j\u2019en serais l\u00e0 \u00e0 57\u2026 Enfin. Il faut accepter certaines choses lorsqu\u2019on a pas le choix, cesser de se d\u00e9battre inutilement parce qu\u2019alors la douleur est bien plus forte. C\u2019est un passage dans ma vie. J\u2019en ai la conviction. L\u2019important, c\u2019est de croire. Dieu, pour moi, c\u2019est foutu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\">Alors je crois en moi, plus que jamais.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Salom\u00e9 danse entre les lits, ouvre et ferme les tiroirs \u00e9nergiquement, manie les seringues comme personne,\u00a0a toujours un mot gentil, complice. Parfois, dans une phrase, un \u00ab\u00a0putain\u00a0\u00bb lui \u00e9chappe mais rarement une veine ne lui r\u00e9siste. Salom\u00e9 pique en experte. 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