La Basse-Ville de Fribourg

Je n’ai pas regardé les infos mainstream depuis 10 ou 15 jours, la peur de rater quelque chose m’ayant abandonné. Et puis je n’y arrive plus. Le mensonge et la violence me sont devenus insupportables. Si c’est pour fulminer devant mon écran, comme l’a fait mon père des années durant, je laisse tomber. Alors je vis ma vie, avec ses difficultés, ses joies et c’est bien suffisant. J’en ai ras le bol de voir cette race humaine s’étriper de partout au nom du fric, de Dieu, d’un morceau de terre ou que sais-je. J’ai envie d’amour, de fraternité, car j’ai conscience de n’avoir qu’une vie, courte.

Ce matin, je me suis levé perclus de douleurs mais heureux de voir la lumière du jour, apte à recevoir les cadeaux de l’existence, sans ce reflex que j’avais d’allumer la radio sur une station d’info continue. On se noie dans toute ce merdier et on en oublie de vivre. Enfin, c’est une période comme ça où je ne veux pas, ne peux pas affronter tout ce fatras de nouvelles toxiques. J’ai la chance de ne pas vivre dans un pays en guerre, sous les bombes…

Je reviens de Suisse. J’ai passé le week-end chez une amie musicienne, en Valais, en pleine campagne, dans un petit bled croquignolet, comme il y en a tant dans ce coin-là. Le samedi, virée à Fribourg, dans la Basse-Ville (la vieille ville), pour essayer de jouer dans un club de jazz, la Spirale, situé dans la cave d’un superbe bâtiment d’époque. La jam en question avait commencé depuis 17 heures. En entendant le niveau des musiciens sur scène, j’ai vite compris que mon trombone allait rester sagement dans son étui et qu’on allait se contenter d’écouter… Des cadors ! De jeunes mecs de 18/20 ans destiné à être des professionnels qui déjà jouaient comme des Dieux. Mon amie, plus optimiste que moi, avait des velléités de se joindre à eux, de monter sur scène pour tenter un ou plusieurs standards, à l’arrache. D’avantage conscient du décalage de niveau entre nous et ces fous furieux, j’ai insisté pour sortir de cette cave afin de nous installer au café-restaurant situé à deux pas dont la terrasse surplombait magnifiquement un méandre de la Sarine illuminée par les derniers rayons du soleil. Elle a capitulé et nous avons quitté le club, quitte à revenir plus tard.

Quel bonheur que cette vieille ville ! Je me remplissais de tout ce que je voyais, me jurant de revenir passer la journée dans ces rues étroites, pavées, bordées de superbes bâtisses médiévales parfois biscornues. J’en oubliais la musique, la raison pour laquelle nous étions venus. Il y a des lieux comme ça où l’on se sent incroyablement bien, où l’on sait que l’on se contenterait de respirer l’air ambiant et de se rincer l’oeil avec le paysage pour être comblé. 

Lorsque le soleil a basculé derrière la colline faisant face à l’auberge de l’Ange où nous lézardions en terrasse, nous avons rejoint la Spirale en empruntant le pont de Berne, un très vieux pont couvert en bois. Je sentais, en descendant à nouveau les escaliers menant à ce club de jazz survolté, que j’étais partagé ce soir-là entre l’envie de flâner dans les rues de la vieille ville de Fribourg et celle toute aussi forte d’entendre ces jeunes talents dans cette cave sombre. Au bout d’une demi-heure, mon amie, prise d’une migraine soudaine, a tranché. Il fallait que l’on parte. Une visite de la ville au pas de course, une jam écourtée, pas de petit resto au final : ma frustration fut complète. La compagnie a du bon mais on aimerait dans certaines circonstances mener sa barque, être le seul à la barre. Enfin, l’amitié, c’est aussi faire des concessions. Et puis j’étais content de passer ce week-end avec cette amie qui m’est chère.  

J’ai hâte de repartir à Fribourg. Peut-être que je n’y retrouverai pas ce charme qui m’a envoûté samedi. La magie des instants ne dépend pas uniquement des lieux. C’est une alchimie complexe, rare comme un alignement de planète.

Un commentaire

  1. Je retrouve dans ce texte le plaisir d’une description originale des lieux avec des considérations philosophiques.

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