Résurrection

Depuis deux jours, physiquement, me voilà ressuscité ! Mes quatre séances de dialyse m’ont remis sur pieds presque complètement. Et dans ma tête, du coup, j’entrevois la lumière. De plus, c’est l’printemps alors pour résumer : c’est le grand kif ! Cela faisait des mois que mon état se dégradait, que je me traînais lamentablement, soufflant comme un bœuf au moindre effort, perclus de douleurs étranges et inexpliquées, éreinté comme si j’avais fait le déménagement d’un pote après une nuit blanche. Mon sang est à présent nettoyé en grande partie et je revis. 

Sans les soins qu’on me prodigue, sans cette machine imposante et complexe qui ronronne à côté de mon lit d’hôpital deux matinées par semaine, je ne serais pas là à étaler ma prose sur mon smartphone, à Genève, par une journée ensoleillée. Disons-le froidement, je serais mort… Reste à supporter l’idée que je dépends d’une machine et de gens qui savent l’utiliser, sans parler des néphrologues qui me suivent. 

Demain, c’est samedi, jour de dialyse. Je vais revoir ces infirmières si sympas qui prendront tellement de précautions pour m’installer sur mon lit et me m’enfoncer deux grosses aiguilles dans le bras…

« Attention, respirez, je vais piquer… »

De bien belles personnes, bienveillantes, ces infirmières, aimant plaisanter, parce nos vies qu’on leur confie ne sont pas forcément source de joie et que dire deux trois conneries, ça leur fait du bien et à nous aussi. Enfin, pour celles et ceux qui ont encore la chance d’avoir suffisamment d’humour. Rire permet de crever l’abcès purulent que constitue cette servitude qu’est la dialyse. On ne va pas prendre ça complètement au tragique, n’est-ce pas ?! Je garde espoir. On va me coller un nouveau rognon dans le bide et à moi l’aventure !!! D’ici là, patience, patience, patience…. La dialyse, c’est encore la vie et puis on ne sait pas comment vont tourner les choses alors j’ai meilleur temps de danser sous la pluie. Le soleil ne viendra peut-être jamais après tout. Qui sait ? La vie est pleine de surprises, dans le bon et le mauvais sens. 

Lorsque je sortirai de la dialyse de demain, j’aurais deux jours et demi de perm’ avant la prochaine et ça me mettra en joie. Mon ancien psy me disait toujours de vivre au jour le jour, d’éviter les projections douloureuses dans le futur… Naître le matin et mourir le soir et basta. Un recette qui fonctionne pas mal. Cela permet de se recentrer un peu sur le moment présent, d’éviter de ressortir les vieux dossier ou d’imaginer des scénarios apocalyptiques à venir. Il y a quelques années, j’excellais dans cet exercice. Il m’a fallu stopper tout ça, cette angoisse qui me bouffait la vie, ce fanatisme du pire. Question de survie. Aujourd’hui, au regard de tout ce qui m’arrive, je suis plutôt zen. 

Des ambulances passent non loin de la rue du restaurant où j’écris ces lignes en attendant un pote avec qui je dois déjeuner. C’est drôle, leurs sirènes me bouleversent toujours. Parfois, j’ai les larmes au bord des yeux en les entendant. Lorsque l’on prend le plus grand soin d’une vie pour ne pas qu’elle s’éteigne, c’est une situation qui me réconcilie avec le genre humain. 

Merde, ça compte la vie humaine !!! 

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