Le poivrot regarde le poivron quelques secondes, circonspect, vacillant, et finit par lui dire avec une voix de type sévèrement alcoolisé :
– Tu picoles ?
– C’est à moi, le poivron, que tu parles ?
– Ouais, ouais, c’est à toi… Tu t’es vu ? T’es ROUGE écarlate ! Donc tu picoles !
– Tu ne confonds pas le poivron et le poivrot que tu es ?
– Peut-être, ouais. M’enfin fait gaffe, avec l’alcool, tu pourrais mal finir.
– Finir comment ?
Le poivrot bafouille.
– Comme… comme… comme un légume !
Le poivron rigole et répond, désabusé :
– On est bien d’accord mais je vais surtout finir en salade ou grillé.
– Nous aussi on va finir grillé, bordel de merde ! Putain de réchauffement climatique ! On a TOUT niqué sur ce caillou ! Y aura bientôt plus de légume pour chier mou, plus de fruit pour faire de l’eau de vie, plus de cochon pour la charcuterie qui donne soif ! Mourir de chaud et d’ennui, voilà c’qui nous attend. Bref, tu devrais picoler sans attendre poivron, pour oublier ta condition éphémère de légume voué à être becté ou a pourrir.
– Je ne suis pas un melon.
– Un melon ? Ça picole un melon ?
– Certains se finissent au porto, oui.
– Alors t’as pas de bol, mon pauvre poivrot…
– Poivron !
– Poivron, oui. Tu fait quoi ce soir ?
– J’ai un gaspacho à 19 heures.
– J’peux v’nir ?
– Y aura pas de melon ni de porto.
– Ben elle est belle, la vie…

C’est délicieux. J’aime beaucoup cette écriture qui paraît facile et est si tendre et légère.
Melon nous les uns aux autres …
Philippe