Grosse fatigue

4 heures du matin. J’ai trainé mes pantoufles de mon lit à ma cuisine et allumé la radio sur une station d’info continue. Trump joue au golf en Floride, « mêlant plaisir et travail » d’après la pseudo-journaliste qui commente l’actualité. On ne prononce jamais le terme fasciste ou extrême-droite pour désigner cette crapule. On utilise plutôt « Le locataire de la Maison Blanche » ou le « milliardaire ». De même que les images que fournit l’armée américaine ne sont jamais estampillées « images de propagande » comme le sont celles de l’armée iranienne. Deux poids deux mesures. Les bons d’un côté, blancs, chrétiens, et les méchants de l’autre, basanés, musulmans. Tout ça finira mal. Nous avons laissé le pouvoir à des psychopathes. Je coupe la radio et allume mon Mac pour écrire ces lignes. Dehors, dans la petite cité où j’habite, le chant d’un merle résonne entre les murs des tours. Un avion traverse le ciel. Mon frigo se met en route, disputant le silence à mes acouphènes. La journée d’hier fut éprouvante car j’étais terrassé de fatigue. Une carence suite à la dialyse, j’imagine. En fer ? Possible. Enfer ? Un peu. J’ai failli tirer la sonnette d’alarme mais aller aux urgences, poireauter deux heures avant de voir un médecin, faire des analyses, attendre le résultat était au dessus du peu de force dont je disposais alors j’ai laissé mon corps lourd s’écraser sur mon matelas le plus clair de ma journée et me suis dit que je verrais bien mardi ce qu’en pense l’un de mes néphrologues puisque c’est mon jour de dialyse.  

Quand fais le compte de tout ce par quoi je suis passé dans ma vie, je me dis que la capacité de résilience humaine est incroyable. La mienne l’est, en tout cas. 

J’avale mon deuxième double expresso. Je dois sortir de cette léthargie, briser le cercle. Je vais prendre une bonne douche, préparer mon sac avec de quoi écrire, de l’eau, mes médicaments en cas de crise de tachycardie, m’habiller et sortir prendre mon petit déjeuner dans le seul salon de thé de mon bled ouvert tôt le matin. J’y croiserai des ouvriers venant se ravitailler pour midi ou des petits vieux déjà le nez dans le journal local à compter les chiens écrasés. 

Une journée probablement sans histoire mais dans mon cas, on se contente, après la tempête, d’une mer d’huile. Il me faut juste redescendre la barre de mes objectifs de quelques crans… Hier, je ne me suis même pas mis au piano pour chanter. Un signe. Le corps est une machine fabuleuse lorsqu’il fonctionne correctement et puis il suffit d’un manque et tout dérape. Dans mon cas, les sorties de route sont fréquentes, entre mon coeur, mes reins et mon cerveau défaillants… Enfin, je tiens tout de même le cap. J’aime trop la vie pour abandonner. 

Je n’ai pas encore faim mais j’ai envie d’eau chaude sur mon corps, envie de laver les miasmes d’une nuit passée à transpirer, à me tourner dans tous les sens. Si ça ne va pas mieux, j’irai au centre de dialyse aujourd’hui. 

L’autre jour, une jeune barbier kosovar m’a dit, pendant qu’il me tondait le crâne, que d’après sa religion, les gens qui sont très malades le sont parce que Dieu estime qu’ils ont suffisamment de courage pour affronter cela. C’est une épreuve réservée aux humains ayant de la force d’âme. En fait, c’est comme dans une entreprise, on refile le boulot à ceux qui savent bosser… Il doit y avoir un quota de maladies à distribuer sur cette planète et je suis apte à prendre une bonne part de gâteau, c’est ça ? Mince alors… 

Bon, je vais poster ce texte et me préparer à sortir de cet appartement. 

PS : pensée particulière pour Monique, ma plus fidèle lectrice qui fait ma pub et corrige aussi mes fautes d’orthographe que je laisse ça et là… Je ne résiste pas à l’envie de vous joindre la petite vidéo qu’elle m’a fait découvrir hier. Une démonstration brillante de la bêtise que constitue le racisme. 

Et puis en bonus, comme je parlais de religion, je vous poste également cette scène magistrale tirée du film « Ridicule » de Patrice Leconte où Bernard Giraudeau est au sommet de son art. Comme quoi il est possible d’affirmer tout et son contraire en étant persuasif, l’éloquence n’étant pas gage de vérité. 

PS 2 : Trois nouvelles supplémentaires sont disponibles depuis hier dans la catégorie « Nouvelles presque normales » du menu déroulant de la page d’accueil. « Les chocolats », « L’arbre » et « Chambre 508 ». Bonne lecture.

Un commentaire

  1. Ainsi si je tombe malade je saurai que le Tout Puissant quel qu’il soit m’a choisie comme un être d’exception !
    Ce qui est vrai c’est que tu as courage et grandeur d’âme…

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