La main tendue

Samedi, jour de dialyse pour moi. J’ai pas envie. Du tout. J’avoue que mon moral se fragilise et montre parfois les signes d’un effondrement. Je dois tenir car si mon mental me lâche, je suis mal barré. C’est une question d’énergie et de motivation. Ces deux notions s’entretiennent l’une l’autre et lorsque toutes font défaut, l’accès au plaisir devient difficile et on peut alors parler d’asphyxie. J’en suis un peu là… J’allume ma télé sur les infos. La guerre, la montée inexorable de l’extrême droite, la déshumanisation de nos sociétés transpirent de mon écran. Je coupe. Mon esprit ne peut pas tout encaisser. J’essaie de me dire que beaucoup de gens sont comme moi, désemparés, et ne demandent qu’une chose, un peu de gentillesse, de bienveillance. Ce monde est dur et on le sent dans les remerciements que l’on reçoit parce qu’on aura aidé quelqu’un. Ça tient parfois à pas grand chose. Et puis c’est bien la seule chose qui compte, l’entraide, la fraternité, tout ce sur quoi chie ce système. Il faut pourtant continuer de croire en cela car c’est le seul et unique espoir de voir ce monde s’améliorer. Pour ma part, en ce moment, j’avoue que j’ai besoin d’aide. Mon psy fait ce qu’il peut mais avec ses 1500 patients. Je le vois tous les 4 mois durant 1/4 d’heure, le temps d’échanger trois mots et qu’il me signe une ordonnance… Je suis bipolaire, malade du coeur, avec les reins foutus, en dialyse et c’est le seul soutien psychologique qui m’est alloué. Je me démerde mais parfois je perds pied, sans garantie de ne pas dérailler. Aujourd’hui, je prends conscience du parcours que j’ai encore à effectuer, de la montagne que je dois encore gravir. Deux solutions s’offrent à moi. Ou je m’écroule, ou je vois les choses sous un autre angle : aborder les épreuves une à une, sans trop penser au lendemain. J’ai encore ma mère, bien heureusement. Sans elle, je crois que je me laisserai glisser. J’ai des amis, certes, mais ils sont aussi empêtrés dans leur vie. Je dois gérer ma merde seul ou presque. Mon célibat aussi me pèse. Bref, c’est loin d’être simple. Je ne suis pas sûr de m’en tirer. 

Il faut que je me prépare pour partir à ma dialyse. Prendre mon petit déjeuner, avaler ma chimie, me doucher, préparer mon bras en le badigeonnant de crème anesthésiante et en l’enrobant d’un film plastique, faire mon sac et sauter dans ma voiture. Une certaine routine. En espérant que les piqûres se passent bien, sans hématomes à répétition qui me conduiraient à une retour bredouille à la maison… 

Je n’ai que mon courage et ma rage de vivre. 

Ça ne suffit pas toujours. 

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