Be new !

Que raconter de cet instant ? Une terrasse, la chaleur, un café-crème, mon petit ventilateur qui peine à me rafraîchir… Mon trombone est posé sur une chaise et attend son tour. Dans une heure, je vais jamer près du parc Bertrand, à la maison de quartier de Champel. J’aime la traversée de ce parc assez vaste et arboré où viennent se rafraîchir les gens en famille et faire gambader leurs cadors. Cette petite marche fait partie de la jam, en définitive. Je me demande toujours comment ça va se passer, s’il y aura de bons musiciens ou pas. Quel que soit son propre niveau, on aime être tiré vers le haut, sans aller jusqu’à l’écrasement… J’ai envie de jouer, comme rarement, et je sais par expérience que parfois ces élans-là sont déçus, soit parce que le son, le sien, n’y est pas, soit parce que la magie du groupe n’opère pas. Des espérances trop grandes nous conduisent souvent à la frustration. Il faudrait ne rien attendre. Je sais que je vais essayer de m’exprimer en soufflant dans un tuyau extensible étrange et si je procure du plaisir, alors c’est tant mieux. Commencer par son propre plaisir. Toujours être sincère. Cela nécessite d’oublier le jugement, chose difficile. J’avais un trac fou les premières fois où j’ai joué devant un public. Mes doigts tremblaient en tenant la coulisse, mes lèvres aussi, faisant chevroter mon son. Une horreur. Aujourd’hui, c’est mon coeur qui me joue des tours. Il y a le trac, certes, mais aussi l’effort que demande l’instrument, le souffle, la contraction des lèvres, etc. Le tout mobilise des ressources parfois plus que de raison alors mon palpitant s’emballe et la crise de tachycardie menace et arrive de temps en temps. La solution ? Je crois qu’elle est très psychologique, presque philosophique. Dédramatiser, respirer, penser à des choses agréables, se sentir en sécurité et ne jamais perdre de vue la notion de confort de jeu et, comme je le disais, de plaisir. Si tu t’écoutes trop, tu deviens les oreilles du public, tu te juges et donc te sanctionnes. Ne pas être au four et au moulin, en somme. Développe ton langage, sans te sentir responsable de ce que l’autre comprend, ressent, chose qui de toute façon, une fois sortie de ton instrument, ne t’appartient plus. Bon, tout ça, c’est de la théorie… La pratique est moins évidente mais ce sont des choses qu’il convient d’avoir en tête en jouant. Je ne tremble plus aujourd’hui, certes, mais mon coeur est si fragile que je dois ruser. Les bêtabloquants font ce qu’ils peuvent. Enfin, heureusement qu’ils existent. J’ai aussi remarqué qu’aller au bout de mon souffle déclenchait souvent ces crises. Le soucis, c’est qu’en développant mon jeu, je fais des phrases de plus en plus longues, donc j’ai besoin d’air. Il y a celui que l’on prend dans le ventre mais j’ai découvert qu’après avoir gonflé ce dernier au maximum, si l’on ouvre la cage-thoracique, notamment en haut, on peut se constituer une petite réserve supplémentaire. J’exagère en prétendant l’avoir découvert de moi-même. Mon prof me l’avait dit, sans pour autant qu’à l’époque je puisse vraiment l’expérimenter. Tout ça pour dire que jouer d’un instrument est une découverte permanente pour celui qui en est amoureux, et c’est mon cas. Un mariage arrangé puisqu’on me l’a balancé dans les mains sans me demander mon avis. Il manquait des trombones dans la fanfare de mon village… J’ai adoré immédiatement. Un coup de foudre. Et ça ne m’a jamais quitté, même si ma vie m’a souvent éloigné de cet instrument difficile, presque ingrat, qu’il faut dompter. Parce que pour jouer de ce truc, il faut avoir la niaque ! C’est pas une guitare que l’on caresse au coin du feu, c’est un fauve qui ne comprend que les coups de fouet… Mais c’est le plus beau des instruments, une voix presque humaine, puissante, plaintive, revendicative. Voyez, je n’ai aucune objectivité. Je suis juste sous le charme… Si ça se trouve, je vais mal jouer tout à l’heure. Je partirai la queue basse, un peu fâché avec mon biniou mais bon, ce sont de petites chamailleries qui finissent par cimenter les liens entre le musicien et son instrument parce que les réconciliations sont toujours un immense plaisir. Ne  jamais lâcher. Rien n’est linéaire dans une progression artistique et certainement pas en musique. 

James Morrison, une référence pour moi. Un son, une expressivité et une virtuosité incroyables.

Un commentaire

  1. Je n’ai pour tout instrument que la vieille cithare de mon grand-père maternel qui jouait du trombone et de la contre-basse au Grand Orchestre de Metz. Les difficultés du quotidien ont conduit ma grand-mère à vendre ces deux derniers instruments. Seule la cithare est passée de main en main mais je n’ai aucun don musical. Néanmoins ce texte m’intéresse. Comme toi Thierry, j’aurai aimé cajoler un trombone !
    Tu parles si bien de cet ami !

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