Ils dansent sur mon calendrier, sur l’île d’Ua Pou.
Et moi je reste immobile, comme eux, pris en flagrant délit.
La vie m’a surpris, papillon épinglé aux organes pourris.
Le four est allumé et crache sa moiteur pendant que le compteur tourne à rebours vers le grand saut.
C’est la mort que les merles lacèrent au petit matin, encore. Ils ne s’arrêtent jamais, eux. Nos gardiens. Ailes noires et bec ouvert, bouffant l’air épais d’un jour qui pèsera quoi qu’il arrive.
Tic tac tic tac… J’entends des bruits de pas, sans cesse, dans ma tête explosée aux confins de l’absurde. Elle viendra, je l’oublie, elle viendra, je le sais. Et peut-être que son odeur de fleur me ravira. Je vomirai ma vie dans un grand nettoyage, en petites pluies d’étoiles fumantes, comme ces feux de mon enfance ayant marqué mes rétines innocentes.
Je rêve, toujours. Je rêve, je rêve, je rêve… Je suis ce songe éternel, transperçant le ventre du réel de sa lame rouillée.
Un jour, les heures retombent tels des flocons et forment une flaque sous nos pieds vides, parce que tout aura disparu, les tiges porteuses d’espoir, le bitume éclaté par le pissenlit, la jeunesse sans cesse recommencée coincée dans sa matrice.
Je vous hais tous d’un amour inconditionnel. Ne m’en voulez pas.
Quelle est ma part du massacre ? Qui me dira ce que j’ai fait, en bas, sous les racines ?
Pour l’instant, les roses et les ciseaux sans cesse se chamaillent dans mes yeux mi-clos.
Sur le calendrier posé sur la table, ils dansent un hakka bruyant.
Et moi je torche mon destin au silence du monde…

Ce poème me fait penser au bateaux ivre de Rimbaud. Même puissance évocatrice…