Rêve

J’imagine parfois des clameurs lointaines, au delà de mes mains appuyées sur mes oreilles brûlantes. 

J’imagine 1000 voix ensemble couvrant le pas cadencé, narguant la bêtise arrogante dans les rues rendues à la vague. 

Voyez cette marée qui si vite monte que les châteaux apeurés dispersent leur sable avant d’être engloutis !

J’imagine, et peut-être n’est-ce qu’un rêve, les mains rougies, fissurées, cloquées, tordues d’arthrose par le geste, se tenir les unes aux autres dans un élan sublime, avant le vertige et le fracas des os. 

Pourquoi tout et rien comme unique possible ? 

Ni Dieu, maître ou miracle mais la raison commune ! 

J’imagine ? Je vois déjà. Je sens. Nous serons des milliards !

La révolte bouillonne et les imposteurs manqueront de glace pour éteindre le feu. 

La rue, cette veine bruissante charriant son lot de colères, balaiera l’inutile et nous nous relèverons de ces siècles absurdes et douloureux. La rue, toujours, arrachera nos solitudes à leur confort mortifère de maison. Sortez ! Vivez ! Refusez le joug et faites ce que bon vous semble !

Nous dessinerons nos ombres pour les éclater de lumière. Et la fête dont parlait mon père, je la ferai sans doute. Avant de partir à tout jamais. 

J’imagine parfois toutes ces choses. 

Mes poings se serrent et se relâchent.

Lorsque le sommeil l’emporte… 

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